Laisse tomber, Jake, c'est Chinatown

Un grand film noir de Roman Polanski, datant de 1974, vu au cinéma, il y a fort longtemps mais dont le souvenir ne s'était, curieusement, pas complètement effacé de ma tête.

Un scénario bien ficelé où le détective privé, Jake Gittes, spécialisé dans les enquêtes concernant des adultères, est impliqué dans une affaire banale semble-t-il, avant de s'apercevoir qu'il n'a fait que soulever un coin du tapis cachant une affaire énorme, doublement ou triplement sordide.

En effet, on est à Los Angeles, ville tentaculaire, bordée de toutes parts par le désert et où l'eau est un enjeu politique et économique majeur. De tous temps. Que ce soit pour la ville ou pour les agriculteurs. En plus, circonstance aggravante, on est dans les années 30 en pleine crise économique alors que la sécheresse sévit. Plusieurs logiques s'affrontent entre un projet de barrage contesté par le service public de l'eau tandis que d'autres spéculent pour acheter les terrains agricoles à bas prix pour mieux les revendre si le projet de barrage se concrétise.

L'élégant détective Gittes aura bien du mal à démêler les nombreux fils qui sous-tendent les différents aspects de l'affaire, tous en trompe-l'œil. C'est un remarquable Jack Nicholson qui s'empare du personnage du détective. Élégant, disais-je, qui n'empêche pas le culot, Nicholson est bien l'homme de la situation. Il nous laisse découvrir un personnage complexe dont les affaires actuelles marchent bien mais qui fut, aussi, un flic, trainant le souvenir d'un passé dramatique lorsqu'il était sur le secteur délicat de Chinatown. Il est le fil rouge du film : en effet, tout tourne autour de sa laborieuse enquête et de ses nombreux rebondissements. Et on se souvient toujours du pansement qu'il trimbale sur son nez pendant la moitié du film suite à l'action d'une petite frappe, esthète du couteau, qu'on ne voit pas pratiquement pas mais qui n'est autre que Roman Polanski. Je trouve que la mise en abyme est énorme avec le réalisateur qui intervient sur le plateau pour juste blesser, au pif, son acteur principal.

Faye Dunaway joue le personnage d'Evelyn Mulwray, épouse du chef du service de l'eau assassiné et objet de l'enquête de Nicholson. On trouve dans le personnage un peu toutes les facettes bien connues de l'actrice entre la femme belle et froide, hautaine jusqu'à la femme fragile voire profondément traumatisée. Roman Polanski a bien recréé, ici, la femme fatale du cinéma noir américain. Celle qui exprime (par son attitude) le besoin qu'on la protège tout en se révélant un piège pour l'homme qui s'y laisse prendre. Une femme fatale, rongée par le remords, qui n'est, finalement, qu'une victime.

Mais rien n'aurait été possible sans l'introduction d'un monstre sacré du cinéma, John Huston. Et le pire, c'est que Polanski lui réserve le rôle d'un monstre (un vrai, celui-là), manipulateur en diable, tireur de ficelles, Noah Cross. Et la noirceur absolue du scénario va en faire le personnage qui, à la fin, tire à lui tous les marrons du feu.

Film au scénario en béton du bien connu Robert Towne. Mais film à la mise en scène solide de Roman Polanski avec de bien beaux décors et une belle reconstitution des années trente.


JeanG55
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le 2 juin 2026

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