Deux questions : est-ce un bon film ? Et est-il fidèle à la réalité du personnage historique du clown Chocolat ? Pour le plaisir de faire une critique hors sujet.
Le duo des clowns fonctionne à la perfection : à les voir vibrionner, jouer entre eux, on ne peut que croire à leur magie à une époque où tout spectacle était humain et en direct. Sy est le comique spontanée et bouffon, viveur, parti de rien et parvenu au sommet, prêt à tout dépenser. Thierrée est ce caractère énigmatique, opiniâtre, travailleur, qui garde jusqu'au bout sa part de mystère... Le paradoxe d'un plaisantin professionnel, mais sinistre dans la vie de tous les jours.
L'histoire, dans un dix-neuvième siècle de bonne facture, est un grand classique narratif : un jeune ingénu, parti de tout en bas, connaît une ascension fulgurante, perd sa naïveté, dévoile son arrogance en même temps que sa superbe, puis, après un bonheur qu'il croyait toujours devoir durer, connaît la chute. Dure et inexorable. Sauf qu'ici, en plus de pleurer, on se marre. C'est quand même mieux.
Ici, la chute de Chocolat est causée un peu par sa passion compulsive du jeu et de quelques drogues, mais surtout par son hubris (sa démesure) : en croyant qu'il peut devenir un artiste au sens "noble", intellectuel, envers et contre une société au racisme simplet, Chocolat se fourvoie et est brisé. Morale digne de La Fontaine, dur et cynique.
Sauf que... la vérité a été arrangée ! Wikipedia nous apprend que Raphaël Padilla n'a jamais joué Othello. Plus terrible pour les rouages du film encore : c'est Footit qui a abandonné Chocolat pour faire du théâtre en premier. Ciel ! Point de cause noire à défendre : Chocolat fait feu de tout bois en alternant théâtre et cirque. Mais son succès est modéré sur les planches à cause de sa mauvaise maîtrise du français... et pour cause ! Rafael Padilla est né et a grandi à Cuba, puis en Espagne, jusqu'à ses vingt ans. Il est suggéré en effet dans le film que son père était esclave à une époque où l'esclavage était aboli dans les colonies françaises. Et c'était le cas : mais à Cuba.
S'il est bien mort de tuberculose pendant la guerre, c'est durant une tournée où il se produisait encore. Car il avait sombré dans l'alcoolisme suite à la mort de sa fille...
Mais rendons honneur au film : deux éléments cruciaux sont vrais. Chocolat à bien épousé une veuve mère de deux enfants - belle histoire d'amour et de courage en cette fin de dix-neuvième. Et Chocolat fut le tout premier clown à arpenter les hôpitaux, inventant la thérapie par leur rire. Alors chapeau bas.