Une découverte !
Non, Christine ici n'est pas une Plymouth Fury, voiture rouge capricieuse et malfaisante, dans les années 80 …
Non, on est plutôt au début du XXème dans une Vienne impériale et charmante. Il n'y est question que de fêtes, de plaisirs, d'amours, le tout en musique : en avant les valses de Strauss ! Les jeunes officiers des dragons arborent des décorations sur un buste orgueilleux (on ne se demande pas sur quels champs de bataille, ils les ont gagnées) et n'ont qu'un souci, semble-t-il, c'est d'occuper leur temps en compagnie charmante. Bien.
Et le film coche bien toutes les cases du film romantique que ce soit pour Franz (Delon), qui a fait ses premières armes avec la femme (charmante, genre possessive) d'un vieux baron. Lassé de l'amour capiteux, il se tourne vers une pure jeune fille Christine (Romy Schneider) et la bataille semble bien engagée pour emporter une brillante victoire sur l'amour éternel. C'est beau.
C'est même encore plus beau quand j'apprends, après avoir vu le film, que Romy Schneider, déjà très connue pour ses rôles de Sissi, a choisi son partenaire sur catalogue puisque Delon n'avait encore tourné que des bricoles. Et que l'histoire du film se traduit en un véritable roman d'amour entre les deux acteurs. Même après leur rupture, ils conserveront les liens d'une profonde amitié.
Un autre point positif du film, c'est la présence du père de Christine dont le rôle est tenu par un Fernand Ledoux, violoncelliste à l'opéra de Vienne, comme toujours, bourré d'empathie et bien sympathique.
Aux trois-quarts du film, on semble donc bien parti pour un film rose bonbon, enlevé à la hussarde, vers une fin heureuse qu'aucun nuage ne semble pouvoir ternir.
Mais voilà, c'est compter sans le destin, qu'on sait bien malveillant surtout lorsqu'il se traduit à travers les règles strictes du code de l'honneur de l'aristocratie. Le baron, prévenu de son infortune, veut venger son honneur bafoué par sa femme (Micheline Presle) et Franz.
Et le film bascule en quelques minutes d'une histoire à l'eau de rose en un drame épouvantable.
Le scénario est tiré d'une pièce de théâtre "Liebelei" (Amourette), écrite en 1896, d'Arthur Schnitzler que je ne connais pas mais qui a déjà fait l'objet d'un premier film de Max Ophuls en 1933 que je ne connais pas non plus. D'après ce que je lis sur wikipedia, il semblerait que les films soient bien fidèles à la trame générale de la pièce de théâtre.
Si je prends un peu de hauteur sur l'histoire tout en essayant d'éviter de spoiler, je ne sais pas quoi penser de l'histoire globale. Est-ce une critique plus ou moins directe de l'aristocratie au temps de l'empereur François-Joseph ? En effet, cette aristocratie, toute puissante, s'octroie le droit de s'appuyer sur un code de l'honneur pour justifier une vengeance personnelle sans commune mesure avec le délit. Surtout lorsque l'offensé s'arrange pour avoir tous les atouts dans sa main.
Je n'ose pas imaginer le cas contraire où Schnitzler aurait construit sa pièce avec une volonté de morale justifiant la conduite du baron.
Cette ambiguïté, ce basculement brutal du film vers le drame me laissent une pénible impression de déséquilibre ou d'inachevé dans le film qui m'empêche de noter au-delà de 5.