Les films d'horreur cultes des années 80 sont légions : Child's play, Alien, Nightmare on Elm Street, Friday the 13th, The Thing, .... Killer Klowns from outer space. Certains ont acquis un statut éternel en étant porté en franchise, d'autres se sont montrés discrets, soutenus par un pourcentage de passionnés. Ainsi, il n'est pas rare qu'une fois le regard porté vers cette période, quelques pépites se trouvent toujours cachées sous terre, attendant d'être visionnées pour leur première fois par quelques amateurs encore trop ignorants des trésors cinématographiques. Christine est l'un de ces films, dont le synopsis de voiture tueuse ne se démarquait pas forcément de quelques étrangetés retrouvées dans des films oubliés des années 80. Pourquoi le regarder ? Sur un point personnel, parce qu'il s'avérait être l'un des films "doudous" d'une amie (la même amie regarde Alien avant de s'endormir, mais bon ... on a les relations qu'on mérite). Second point, voir Carpenter à la réalisation était signe d'un bon moment de cinéma. Banco, le tout fonctionne parfaitement.
L'histoire nous présente deux lycéens que tout oppose. La star du football Dennis, et son meilleur ami, le timide et geek Arnie. Dès les premières secondes, l'histoire se démarque par cette association plutôt rare. Quand bien même ces deux garçons appartiennent clairement à deux castes opposées et généralement indissociables, Dennis, est décrit immédiatement comme un ami fidèle et un soutien constant à Arnie. Quand bien même il reste un "jock", jamais ce statut ne remet en question leur lien. Au contraire, Arnie est d'avantage conscient de sa "nature", sachant pertinemment que son physique et sa personnalité feront de lui un constant indésiré.
Jusqu'à sa rencontre avec Christine, le nom donnée à une épave qu'Arnie obtient à bon prix et se donne comme mission de retaper entièrement. Très vite, la voiture devient l'obsession constante du jeune homme, dont l'obtention devient un véritable symbole d'émancipation. De ses parents tout d'abord, puis de Dennis, à mesure que Christine retrouve sa splendeur d'antan, Arnie se transforme à son tour, développant alors une relation fusionnelle et obsessive avec son automobile. Il est intéressant, sans raconter la suite du film, de dénoter la manière dont la voiture Christine possède les mêmes attributs que ceux de la Succube. Là où les premiers instants, tous se méfient de cette vieille carcasse automobile bonne pour la casse, Arnie n'est que fasciné. Lorsqu'il la paie, Christine ne devient pas sa voiture, Arnie devient son conducteur, sa possession, que la voiture défend jalousement, quitte à menacer quiconque oserait la séparer de lui. Petit à petit, Arnie se transforme, mais sa confiance en lui nuit grandement à ses relations humaines, familiales, et amicales, mais aussi à ses études, et enfin à sa santé physique et mentale. S'il ne remet jamais en doute sa relation avec Christine, la voiture, elle, ne cesse de sucer son énergie vitale instant après instant.
Le choix de la voiture devient alors extrêmement pertinent. Bien entendu, une Succube aurait pu être représentée par une humaine, une beauté fatale. Mais cela aurait-il pu donner sens à cette fascination démente que ressent Arnie ? Ce qui est intéressant, c'est de réfléchir au monde masculin du lycée et ses ambitions. Dans les teens-movies de cette époque, les deux objectifs prédominants du lycéen typique sont : avoir une petite-amie, et avoir une voiture. La voiture devient souvent l'extension du corps du garçon, qui lui permet de changer sa nature, et charmer les filles. Dans le film, Arnie voit cette transformation poussée au paroxysme. Si au début, Christine lui permet d'obtenir le St Graal du lycéen : une petite-amie, la plus belle du lycée, Arnie finit par se détourner d'elle au profit de sa voiture, dont la relation devient toujours plus intime et sensuelle. Pour le garçon, Christine est la conquête absolue : et voiture, et petite-amie.
L'angoisse du film vient que Christine est un objet sensé être inanimé, incapable de parole mais se révèle être doté de sa propre conscience individuelle. L'auto-radio, devient vite un gimmick que la voiture utilise pour jouer avec ses proies. Comme une Succube utilise son corps pour tuer ses victimes, Christine utilise chacun de ses atouts de ferraille pour charmer, ou tuer. Que ce soit les sièges, les portières, voir son réservoir d'essence. L'objet voiture est alors réfléchi attentivement pour surprendre le spectateur, choisissant un objet du quotidien et parvenant à le rendre inquiétant. Ce qui est là, le signe de tout bon film d'horreur qui se respecte.
Cela est étonnant que Christine n'ait jamais été porté en franchise. Choix de Carpenter ? Peut-être est-ce pour le mieux ? Le film demeure ainsi un objet culte. Ce qui est certain, c'est qu'à l'égal de la fascination d'Arnie, je ne souhaite qu'une chose, replonger dans ce film une seconde fois pour mieux l'observer, l'analyser, le découvrir sous toutes ses coutures. Et si Christine n'était pas seulement qu'une voiture ? Mais un film =D ?