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le 5 janv. 2011
SuivreWise Wild West
Un western de la RKO quand ce n'est ni Ford ni Hawks aux manettes, ça donne un film noir de série B. Marrant, quand on chasse le naturel, il revient au galop. Même dans les gestes des acteurs, on...
Réalisé par Robert Wise et sorti en novembre 1948, Ciel rouge (Blood on the moon) occupe une place assez décalée dans l'histoire du western.
Adapté du roman Gunman's Chance de Luke Short, il possède bien les éléments traditionnels du genre — troupeaux, ranchs, revolvers, grands espaces — mais Robert Wise et son chef opérateur Nicholas Musuraca décident de les filmer avec le vocabulaire visuel du film noir : nuits profondes, personnages isolés, intérieurs obscurs et lumière très contrastée.
Le film est aujourd'hui régulièrement cité parmi les premiers exemples du « western noir ».
L'intrigue elle même est un peu tiré par les cheveux et moins simple que les westerns habituels de l'époque et il faut bien suivre pour comprendre.
Une fois que c'est dit il faut avouer également que même en acceptant ce partie pris il est difficile de comprendre comment ce noir et blanc peut être d'aussi mauvaise qualité et pourtant mon dvd est une des dernières versions.
Même pour l'époque on avait des très beau films en noir et blanc avec des rendus et surtout un contraste hors paire, mais pas là.
Après le film reste plaisant à regarder et pour ma part je ne trouve pas que Robert Mitchum soit si à coté de la plaque, au contraire je trouve qu'il incarne très bien le principe du cowboy solitaire à la frontière du bien et du mal, on y croit.
Mais revenons sur la genèse du film.
La RKO possédait depuis plusieurs années les droits du roman mais n'était jamais parvenue à obtenir un scénario satisfaisant. Robert Wise et le producteur Theron Warth reprennent finalement le projet et convainquent le studio de leur permettre de le réaliser à condition de résoudre quelques problèmes d'adaptation.
La scénariste Lillie Hayward est engagée et reconstruit largement le scénario.
Robert Wise considérera par la suite Blood on the Moon comme son premier véritable grand long métrage, malgré plusieurs réalisations antérieures.
Le rôle de Jim Garry aurait surtout pu revenir à James Stewart, annoncé dans la presse dès 1947.
Une autre proposition associait Robert Mitchum ou James Stewart avec à la réalisation Jacques Tourneur, qui venait justement de diriger Robert Mitchum dans le magnifique Out of the Past.
La RKO choisit finalement Robert Mitchum en conservant Robert Wise à la réalisation.
Ce choix va profondément déterminer l'identité du film.
Robert Mitchum a alors 31 ans et commence à être connus et reconnus, on est en plein dans l'ascension.
Son allure nonchalante, sa voix grave et cette manière de sembler observer les événements avec une certaine distance correspondent idéalement à Jim Garry, homme solitaire qui accepte de travailler pour son ancien ami Tate Riling avant de comprendre qu'il participe à une escroquerie.
Lorsque Robert Mitchum arrive sur le plateau habillé en cow-boy, le vétéran Walter Brennan, qui connaissait particulièrement bien l'univers de l'Ouest, l'observe et s'exclame qu'il est « le cow-boy le plus authentique » qu'il ait jamais vu.
Robert Wise apprécia également énormément sa façon de travailler et il se complétait parfaitement.
Robert Mitchum faisait des suggestions sans chercher à imposer sa présence et possédait surtout cette capacité à faire très peu devant la caméra tout en laissant deviner énormément.
Une critique du New York Times remarqua précisément cela à la sortie : le journal considérait que Mitchum portait véritablement le film et saluait la façon dont le scénario évitait de transformer Garry en héros artificiellement vertueux.
L'anecdote la plus connus de Ciel rouge concerne l'affrontement entre Robert Mitchum et Robert Preston dans le saloon.
Robert Wise détestait les bagarres hollywoodiennes traditionnelles dans lesquelles deux acteurs paraissaient presque chorégraphier leurs coups avant que le héros ne se relève miraculeusement intact.
Il voulait exactement l'inverse.
Une bagarre sale, maladroite, longue et épuisante, dans laquelle même le vainqueur termine pratiquement incapable de tenir debout et où on a du mal à suivre l'action dans la pénombre avec un "héro" qui prends chère et pour qui on se mets à douter.
Robert Mitchum adhéra immédiatement à l'idée — Robert Wise dira même avec humour que l'acteur semblait probablement en savoir davantage que lui sur les véritables bagarres de bar.
Robert Wise demanda d'ailleurs, pour plus de réalisme, à Mitchum et Preston d'effectuer eux-mêmes une grande partie du combat plutôt que de confier systématiquement l'action à des cascadeurs.
La séquence demanda trois jours de tournage.
Et cette violence physique inhabituelle fut remarquée dès sa sortie en 1948 en étant particulièrement commentée par la plupart des critiques.
Un autre personnage essentiel du film se trouve derrière la caméra : Nicholas Musuraca.
Il est l'un des grands chefs opérateurs de la RKO et avait notamment photographié l'année précédente Out of the Past, avec Robert Mitchum.
Robert Wise comprend qu'il peut utiliser exactement cette esthétique dans un western.
Pour certaines scènes nocturnes, Wise et Musuraca expérimentent même avec de la pellicule infrarouge, technique délicate car elle modifie la manière dont apparaissent vêtements et maquillages.
Les intérieurs sont volontairement sombres et possèdent surtout une caractéristique inhabituelle pour Hollywood : on voit les plafonds.
Ce choix vient directement de l'expérience de Robert Wise sur Citizen Kane.
Avant de devenir réalisateur, il avait été l'un des monteurs du film d'Orson Welles.
Pour Blood on the Moon, il fait donc construire certains décors avec de véritables plafonds visibles afin de créer des espaces plus fermés et oppressants.
On se retrouve ainsi devant un western visuellement beaucoup plus proche de certains films noirs RKO que des grands espaces lumineux de John Ford.
Le tournage commence en février 1948 et se poursuit jusqu'au printemps.
Plusieurs extérieurs sont réalisés dans l'Ouest américain, notamment autour de Sedona et Flagstaff en Arizona.
Mais la météo devient le cauchemar de Robert Wise.
Les prévisions météorologiques semblaient systématiquement à coté de la plaque : lorsque l'équipe attendait le soleil, le mauvais temps arrivait, et inversement et le calendrier de production s'allongeait donc considérablement.
Paradoxalement, cette météo contribue à l'atmosphère inhabituelle du film : pluie, neige, boue et ciel menaçant éloignent encore davantage Blood on the Moon du western traditionnel.
Barbara Bel Geddes constitue également une curiosité particulière du film.
Elle n'a que 26 ans et joue Amy Lufton, bien avant de devenir mondialement connue auprès d'une autre génération comme Miss Ellie dans Dallas bien des années plus tard
Mais Ciel rouge arrive aussi précisément au moment où la RKO change radicalement de propriétaire.
Howard Hughes rachète le studio en 1948.
Après le tournage, Hughes met fin au contrat de Bel Geddes et la raison officielle est particulièrement brutale : il ne la trouvait pas suffisamment sexy.
Ironie de l'histoire, sa carrière continuera parfaitement sans la RKO : elle sera notamment nommée à l'Oscar pour I Remember Mama avant de tourner pour Hitchcock dans Vertigo en 1958.
Contrairement à beaucoup de films que l'on redécouvre tardivement, Ciel rouge avait déjà obtenu de très bonnes critiques à sa sortie en 1948.
Le New York Times soulignait que le film se distinguait nettement des westerns d'action ordinaires grâce à son histoire, son interprétation et particulièrement Robert Mitchum. Le journaliste remarquait aussi dans sa critique la capacité de Robert Wise à maintenir une impression permanente de violence imminente.
Variety insistait de son côté sur l'absence de traitement conventionnel et sur ce faux rythme tranquille qui prépare soudainement des explosions de violence.
C'est précisément ce qui explique sa réputation actuelle, certes de film moyen mais surtout de film à la frontière des genres difficile à classer et donc plutôt décrié.
De plus il faut se rappeler que Ciel rouge arrive en 1948 qui est une année extraordinaire pour le western américain : Howard Hawks sort La Rivière rouge avec John Wayne, tandis que John Ford réalise Le Massacre de Fort Apache.
Et Robert Wise prend dans son film une direction complètement différente.
Il utilise Robert Mitchum, Nicholas Musuraca et les codes visuels caractéristiques du film noir de la RKO pour raconter une histoire de western. Même Jim Garry ressemble davantage à un protagoniste de film noir qu'au héros traditionnel : il arrive sans véritable attache, accepte une affaire douteuse, découvre progressivement qu'il a choisi le mauvais camp et doit décider jusqu'où il est prêt à aller pour s'en sortir.
C'est probablement pour cette raison que Ciel rouge conserve aujourd'hui une place particulière : il fait entrer l'ambiguïté morale et surtout l'obscurité visuelle du film noir dans le western plusieurs années avant que cette hybridation ne devienne beaucoup plus courante.
Et il réunit pour cela deux hommes particulièrement bien adaptés : Robert Wise, ancien monteur de Citizen Kane qui expérimente ici son premier grand film, et Robert Mitchum, dont la nonchalance, l'ambiguïté et la présence nocturne semblent presque avoir été conçues pour faire se rencontrer le western et le film noir, et moi j'aime bien ça.
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il y a 3 jours
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