A la fin des années 80, il y avait plus de 400 cinémas en Roumanie. Au milieu des années 2000, il n’en subsiste même pas 30 sur tout le territoire…
C’est à l’âge de 34 ans que le réalisateur Alexandru Belc s’est penché sur l’industrie cinématographique de son pays. Celui qui a été script sur le tournage de 4 mois, 3 semaines, 2 jours (2007), récompensé d’une Palme d’or au Festival de Cannes, connaît bien le sujet. A cette occasion, il a souhaité mettre en lumière la déchéance de l’industrie roumaine, alors même que cette dernière rencontrait un grand succès lorsqu’il était enfant. En effet, à cette époque, il n’y avait pas d’autre divertissement, tout le monde se rendait au cinéma, les séances affichaient complet et pour cause, la télévision nationale ne diffusait que deux heures par jour.
Comment en est-on arrivé là ? Comment expliquer ce déclin et cette désaffection du grand public pour les salles obscures ? A ces questions, nous n’en saurons rien et c’est bien dommage (si ce n’est que le réseau de cinéma appartient à l’État, que ce dernier ne fait absolument rien pour eux et que de nombreux cinémas ont été vendus puis rasés pour laisser place à des projets immobiliers). Plutôt que de nous livrer une cartographie de l’industrie roumaine et surtout, un topo pour nous restituer le contexte, le réalisateur préfère se concentrer sur un seul cinéma, le “Dacia Panoramic”, à Piatra Neamț. Alors certes, le portrait qu’il en fait est très intéressant, on y découvre un cinéma “dans son jus”, digne de la période de Ceaușescu. Dirigé avec passion par Victor Purice, son directeur et accompagné par deux de ses employées. Ce dernier se démène pour maintenir à flot son cinéma, on le suit dans son quotidien, allant jusqu’en Allemagne au cinéma "Breitwand" de Seefeld-Hechendorf, pour y rencontrer un confrère converti au numérique (alors que lui est resté au 35mm) ou lorsqu'il se rend aux bureaux de la Roumania Film à Bucarest (l’équivalent de notre CNC national) afin de demander de l’aide face à la précarité de son métier.
Cinéma, mon amour (2015) ne nous dit rien de l’industrie cinématographique roumaine et se contente de braquer les projecteurs sur un petit cinéma de quartier, dernier bastion de la cinéphilie. Après le visionnage du film et après quelques recherches, on sera ravi d'apprendre que, quelques années plus tard, le cinéma sera entièrement réhabilité, changera de nom pour “Cinéma, mon amour” et qu’il connaîtra une fréquentation à la hausse. Peut-être que ce renouveau sera porteur d’espoir pour les années à venir, c’est en tout cas, tout ce qu’on lui souhaite.
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