Adriano Sereni (Valerio Mastrandea) ne respire pas vraiment la sérénité. En effet, cet homme mûr recherche la solitude et le calme dans un lieu isolé et presque à l’abandon, situé dans la campagne toscane : les écuries de la Villa Guelfi. (Trop) rapidement, le voilà confronté à l’arrivée d’un groupe de jeunes qui investissent la villa elle-même. Agacé par leur enthousiasme relativement bruyant, il va les voir pour tenter de découvrir leurs intentions. Il réalise alors que dans le groupe figure Matilde Guelfi (Galatea Bellugi), petite-fille du dernier propriétaire historique de cette propriété familiale qui en réalité est en vente. Bien évidemment, ces jeunes ne sont pas là par hasard. Renseignés par Matilde, ils ambitionnent de redonner vie à la vigne qui se trouve sur la propriété. Et tous sont des spécialistes dans leurs domaines respectifs, après des études supérieures.
La cohabitation se poursuit tant bien que mal. Matilde, visiblement enceinte, va même jusqu’à inciter Adriano à s’intéresser à leurs activités. Elle passe au tutoiement, faisant fi de la différence d’âges et de la présence du futur père de son enfant dans l’équipe. Mais on finit par comprendre que la confrontation d’Adriano avec ces jeunes est quasiment une fausse piste dans les intentions du scénario (cosigné Francesco Bruni, Carlo Virzì (également auteur de la musique) et Paolo Virzì). Si Adriano recherche l’isolement, c’est qu’il traverse une mauvaise passe. D’ailleurs, régulièrement il envoie des SMS qui résonnent comme des tentatives vouées à l’échec pour rattraper quelque chose.
En fait, Adriano est dans l’attente d’un procès. Mais l’avocat qu’il est ne prépare pas un dossier à titre professionnel. A vrai dire, c’est lui qui va se trouver au centre des débats.
Signé Paolo Virzì, Cinque secondi est un film psychologique qui prend son temps pour aller au fond de son exploration des relations entretenues par Adriano. Divorcé de Letizia (Ilaria Spada) il vit désormais avec Giuliana (Valeria Bruni-Tedeschi) dont l’attitude interroge car on peut se demander dans un premier temps si elle ne serait pas plutôt la sœur d’Adriano. Au final, son personnage n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, sinon par son côté irrévérencieux et un brin provocateur. Avec Matilde, cela fait donc deux femmes qui s’avèrent très accessoires dans cette histoire. On peut imaginer que le réalisateur voulait étoffer l’ensemble pour justifier le maintien du suspense concernant le vrai souci d’Adriano. Du côté de Matilde, il y a donc cette volonté de retour vers la nature et des méthodes ancestrales. On pourrait qualifier cela de dérivatif pour calmer les cogitations d’Adriano.
Le vrai souci d’Adriano concerne ses enfants qu’il ne voit plus. On ne saura rien des raisons du divorce. Par contre, on apprend qu’Adriano récupère ses enfants de temps en temps : Matteo (Luca Charles Brucini) et Elena (Caterina Rugghia). Adriano se permet même de les emmener dans des sorties interdites par leur mère.
Il se trouve qu’Elena est handicapée à cause d’une maladie incurable. Adriano propose donc des activités inattendues. Malheureusement, Elena a trouvé la mort un jour où Adriano l’avait portée jusque dans l’eau. Il faudra attendre la fin et le procès pour comprendre ce qui s’est vraiment passé et la signification du titre.
Filmé à l’ancienne (image naturelle et souvent sombre) sans recherche particulière dans la mise en scène, ce drame psychologique se regarde presque avec détachement tant il se contente quasiment d’un suspense maintenu artificiellement. Et quand on arrive au dénouement, une sonnerie de téléphone utilise l’air identifiable entre mille du tout début de la 5e de Beethoven (dite « Du destin »). C’est d’un manque de finesse confondant. Les interprétations ne laisseront aucun souvenir mémorable, et si Galatea Bellugi ne passe pas inaperçue (avec son caractère bien trempé), Valeria Bruni-Tedschi égale à elle-même n’est émouvante que lorsqu’elle sort de ses habituelles simagrées. Quant à Valerio Mastandrea, s’il assume son rôle d’homme mûr, la saveur qu’il apporte au drame personnel de son personnage n’émerge qu’au moment où il se décide, lors du procès, à adopter une attitude allant à l’encontre de ce qu’il suggérerait professionnellement parlant à un client.