Pour ma première critique, j'ai décidé de parler d'un film que j'ai vu très récemment.
Le film "Climax" réalisé par Gaspar Noé, un réalisateur français très réputé dont j'avais entendu parlé, en bien.
Je l'ai regardé avec un ami, très tard dans la nuit et j'ai été surpris, troublé, quelque peu réticent et pour conclure : très mitigé.


Le scénario du film est très simple :
Une troupe de danseurs fait une répétition, au cours de cette répétition un élément perturbateur (de la drogue ajoutée à la sangria) va changer ce moment festif en véritable drame.


Le film commence avec une sorte de présentation de tous les danseurs, quelques anecdotes, leur expérience avec la drogue, leur motivation pour ce travail, leur philosophie de vie parfois.
Une présentation censée nous présenter personnages, ce que j'ai trouvé un peu dommage car cette scène est oubliable, et on en apprend bien plus avec la scène post-répétition qui est par ailleurs très bien filmée. (scène de conversations quand la fête débute, les personnages parlent de sujets divers par couple de 2 : de sexe, de banalités, de mariage...)


Les passages de danse sont agréables à voir, assez spectaculaires mais parfois un peu longuets (surtout au début) mais plus le film avance plus ils sont captivants.
La maitrise des corps, le rapport aux sens et le plaisir, la passion mais aussi la rigueur et la minutie, la maitrise qui s'en dégage est très appréciable.


La ou le film pêche à mon sens, c'est au niveau du propos :
La drogue amplifie la nature humaine, ou révèle le vrai visage des personnages. (la scène de la présentation que je trouve un peu contingente a au moins le mérite d'être un comparatif entre la première impression qu'on a des personnages puis leur véritable personnalité à la fois dans les premières conversations, dont certaines sont improvisées il me semble puis leur attitude quand ils sont à la merci de la drogue.)


Ce film n'a pas de grande morale : pourquoi pas, un aspect trop moralisateur aurait pu être très néfaste et aurait pu altérer le jugement de chacun.
Mais ce film manque quand même de concepts, d'une trame avec des idées fortes qui sont un peu présentes, mais très vite balayées ou très peu consistantes (la morale/le bien, le mal/la folie/la mort.)


Noé nous a quand même laissé des clés de compréhension, ou du moins des grandes lignes censées représenter le film : "Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif.


Venir au monde est incroyable, et le quitter tout aussi, puisque la vie est insensée ?
On peut trouver des échos à la phrase citée, dans le nihilisme, dans l'absurde.
1. La vie n'a pas de sens, c'est pour ça qu'elle n'a pas de valeur en soi, seul le fait de vivre et de mourir sont extraordinaires.
2. La vie est absurde, son absurdité n'enlève rien au caractère extraordinaire de naître, et de mourir.
3. "Plaisir léger, volage, fugitif qu'accompagnent mille tourments, à travers l'éclat trompeur dont tu nous éblouis, tu caches des maux cruels, et ta riche et brillante parure couvre des monstres hideux."
Cette citation de Laurent de Médicis pourrait peut être, être mise en lien avec le terme "plaisir fugitif".
La vie est inéluctablement liée à son caractère éphémère, qui est ici plus précis :"fugitif."
Une vie dans laquelle on s'abandonne, car c'est la seule chose à faire. Et malgré les apparences (riche et brillante parure), la véritable nature de l'homme est malsaine, mauvaise (monstres hideux) : tout est recherche de plaisir, tout est réponse à un individualisme, aux besoins de chacun, et la coopération, le respect, le partage, tout cela est au second plan.
Ce qu'on peut souligner, c'est que dans le film, les personnages s'isolent de manière naturelle (pour cause la drogue peut être), ou se retrouvent à 2 au maximum, le lien de confiance s'estompe, la peur, l'incompréhension et la folie prend le pas.


Les personnages atteignent un moment d'extase, une fois dépravés, immoraux, et paraissant libres (liberté illusoire, causée par la drogue.. à nous d'en juger.), un des protagonistes est tabassé violemment, il y'a du harcèlement sexuel, du harcèlement physique.. et j'en passe, un bordel monstre.
Et dans tout ce bordel, certains personnages, dansent encore, s'amusent, et l'un deux s'écrie : "C'est trop bien".


Les personnages s'épanouissent-ils dans une sorte de catharsis ?
Préférant le chaos, et l'éventualité de la mort associée à une intensité et une extase incroyable à leur vie quotidienne ?
Malheureusement, le fait que la drogue soit l'événement déclencheur ne peut nous le confirmer précisément, je le répète encore une fois.
On ne peut pas dire que les personnages ont cédés à un vice causant leur perte, puisque ce n'était pas intentionnel (à part pour l'un d'entre eux, et nous avons connaissance du fautif si je n'ai pas mal interprété la dernière scène.)


Cependant, qui endosse la responsabilité : Celui qui drogue les autres, ou ceux qui pêchent (pardonnez du terme connoté), à cause de la situation ?
En réalité, le vice donne une occasion aux personnages de montrer leur plus mauvais qu'ils possèdent, et on peut remarquer que c'est à échelle variable : certains s'en prennent aux autres, d'autres s'en prennent à eux mêmes, certains cherchent du réconfort chez l'autre, d'autres se perdent dans la folie...


Malgré toutes ces réflexions que j'ai réussi à avoir, je pense qu'il manque une position à ce film
Une introspection plus centrée sur un personnage en particulier aurait sans doute pu aider..
Comme je viens de le faire, on peut interpréter beaucoup de choses, je pourrais aller plus loin, mais j'aime la précision d'un film qui aiguille vers certaines portes, et non pas un film général qui nous donne la possibilité d'interpréter vers énormément de portes de réflexion.


Le film n'est pas précis (au niveau des idées dégagées, pas de l'esthétique ni de la mise en scène, entendons nous bien !)
. Les contraintes (temps limité, script minuscule) jouent, et de pair la motivation, la réelle envie du réalisateur qui est de faire un "film en freestyle.
Je pense qu'une expérience purement esthétique peut être intéressante de manière expérimentale, mais un propos de film a besoin de réflexion, de temps, de discussion.
Pour un scénario si court, on peut trouver que cette expérience cinématographique est un succès, mais je ne pense pas que cela doit être une excuse.
Bref, le film est par moment insoutenable, tant mieux si le but est de nous mettre en face du pire qui peut apparaitre en nous mais cette danse avec le diable m'a laissée tellement perplexe que j'ai préféré le terme diablotin. En plein visionnage j'ai pris une telle distance avec lui que j'ai eu du mal à être concerné personnellement.
Le diable s'empare de nous et nous torture en profondeur, le diablotin nous titille et nous agace.

Makushu
5
Écrit par

Créée

le 19 janv. 2020

Critique lue 225 fois

Climax

Climax

7

Velvetman

le 18 sept. 2018

Suivre

La nuit des morts vivants

Gaspar Noé est un cinéaste à part dans la sphère cinématographique hexagonale. Son style, clivant produit soit une admiration ou un rejet total, en fonction de la perception même du spectateur qui se...

Climax

Climax

10

takeshi29

le 18 juil. 2018

Suivre

Fais pas ch... si tu veux lire une vraie critique, reviens en septembre

Quoi de plus logique que de clôturer cette journée ciné du 22 juin 2018, débutée en compagnie de Andrei Zviaguintsev puis poursuivie à côté d'Abel Ferrara à deux reprises, avec une petite...

Climax

Climax

9

Moizi

le 3 oct. 2018

Suivre

Une critique française et fière de l'être

Séance unique en Guyane pour ce film, je ne savais rien, je n'avais vu aucune image, je ne suis même pas sûr d'avoir vu l'affiche en grand, je savais juste que c'était le dernier Gaspard Noé et que...