Strike est un "clocker", c'est-à-dire un petit dealer au service d'un caïd de la cité. En relation avec ses trafics, il est impliqué dans un meurtre.
C'est dans un esprit quasi didactique que Spike Lee conduit ce récit à valeur d'exemple. A travers Strike et la communauté noire de New York à laquelle il appartient, le cinéaste montre comment des jeunes mettent leur vie en danger en s'embrigadant dans des gangs ou réseaux. Ou comment le désoeuvrement, l'avidité et un certain statut entrainent quelque adolescent naïf dans la délinquance. Fort de son argumentation presque exhaustive, Spike Lee réalise une façon de thriller sociologique.
La mise en scène est inspirée et sait préserver l'intérêt d'un sujet courant par ses effets ou figures de style. Le plus surprenant, ce sont les partis-pris esthétiques de réalisateur. Tournant le dos à la noirceur et à un quelconque misérabilisme, Lee donne au décor du film des couleurs vives et chaleureuses et un aspect avenant inattendu, très éloignés du marasme social dans laquelle est généralement confinée une communauté racisée.
Moins vindicatif, moins militant qu'en d'autres de ses films, Spike Lee suggère néanmoins que le salut des jeunes concernés ne peut provenir que d'eux-mêmes, que d'une prise conscience face à l'indifférence des Blancs, exprimée par le cynisme de quelques policiers. Ce polar à l'échelle d'un quartier cerne avec acuité et non sans une originalité formelle certaine la problématique globale de la délinquance afro-américaine.