La pop star mal-aimée qui faisait les choses "à sa façon"...

Le décès prématuré de Claude François à l'âge de 39 ans a été un véritable séisme dans le monde du divertissement, mais il a également été accueilli sur un ton satirique.


En effet, un célèbre journal français a exploité le contexte des élections législatives et a titré (littéralement) que l'idole des jeunes venait de "griller", vous comprenez le jeu de mots... et le bon goût. Pour toute une génération, Claude François aka Cloclo était une légende, pour les médias, il était un phénomène culturel, mais il n'a jamais obtenu le respect de l'"intelligentsia", le réduisant à un Elvis du pauvre avec des chansons sirupeuses, des costumes kitsch et des numéros chorégraphiques.


Mais le temps a rendu justice à son héritage et trois décennies après sa mort, comme un bon vin, ses chansons ont bien vieilli et touchent une corde sensible de la nostalgie, montrant que Cloclo était plus que ce que son "image" impliquait. Il était un "personnage" complexe dont l'ambition et la passion cachaient une profonde insécurité, et ce sont ces aspects que dévoile le film biographique de Florent Emilio-Siri. Ce n'est pas un film révolutionnaire, il comporte les habituels montages, interludes musicaux et pannes mentales obligatoires, mais il fonctionne parce que le film a un grand personnage.


C'est Gabin qui disait "quand on a un grand rôle, le talent vient naturellement". Et comment ! Sans être aussi controversé que Serge Gainsbourg, aussi beau que Johnny Halliday ou aussi international que Charles Aznavour, Claude François alias Cloclo était un changeur de jeu, l'incarnation vivante de la musique populaire, la pop mise en avant. C'était un homme extrêmement polyvalent, doté d'un instinct pour les paroles et d'un sens aigu des affaires, si bien qu'on ne sait jamais vraiment si ses "transes électrisantes" pendant les concerts étaient authentiques ou faisaient partie d'un numéro. Un peu des deux, le talent de Cloclo était d'exploiter l'art pour son image et vice versa. À ce niveau, il était l'artiste français le plus complet de son époque, "grand" indépendamment de tout parti pris personnel sur ses chansons. Il a toujours fait les choses "à sa façon".


Et le film suit ce chemin, de son enfance en Egypte à ses premiers pas de batteur, de son premier tube "Belle, Belle, Belle" à sa rencontre avec son manager Paul Lederman, puis son ascension fulgurante sur les panneaux d'affichage français, culminant avec "Comme d'habitude", et enfin son surf réussi mais bref sur la vague "Disco", coupé brutalement par sa mort en 1978 des suites d'un accident. Cloclo, connu pour ses troubles obsessionnels compulsifs, voulait réparer une ampoule en se tenant debout sur sa baignoire... pour finalement rejoindre la sordide galerie des célébrités mortes dans leur salle de bains. Le film ne surjoue pas la tragédie, tout ce que l'on voit, c'est un homme au sommet, souriant, qui n'a pas vu sa mort venir, mais peut-être que la mort faisait partie d'un plan divin.


C'est la magie de l'approche directe de "Cloclo", il montre et nous pouvons le dire. J'ai apprécié le film et les acteurs parce que Claude François était un personnage plus grand que nature, un chanteur et un danseur complet, un showman, un animateur, un éditeur, un homme d'affaires et, alors que ses premiers succès reposaient principalement sur des remakes de chansons américaines, il a créé l'une des chansons les plus reprimées de tous les temps. Et pourtant, personne ne ferait le rapprochement entre Frank Sinatra et Claude François. Même Claude n'aurait pas osé s'approcher de Ol' Blue Eyes dans un couloir d'hôtel. Cette scène est très poignante et révélatrice de la nature vulnérable du chanteur : il était jaloux, n'aimait pas sa voix de canard, sa taille, sa rivalité avec Johnny Halliday et cherchait toujours à prouver quelque chose.


Un moment très fort montre un Claude dévasté jouant de la batterie après le décès de son père, juste au moment où il a eu sa première grande chance, son père désapprouvant la carrière de son fils et Claude n'ayant pas eu le temps de gagner sa fierté. Je ne sais pas dans quelle mesure cette scène est vraie mais elle fonctionne sur le prisme émotionnel du film. Claude était connu pour son costume extravagant à paillettes, mais sa "sympathie" n'était pas son point fort, sa carrière s'étant souvent déroulée au détriment de ses liens familiaux et de ses relations amoureuses. Sa mère était une Italienne accro au jeu et Claude était un homme aux multiples femmes, parfois enivré par son propre pouvoir avec les plus jeunes.


La seule relation qui fonctionnait était son amitié avec Paul Lederman, joué par un Benoît Magimel époustouflant. Ensemble, ils parleront toujours un langage clair et identifieront les moments où ils deviennent trop mous et où il est temps de les pousser un peu. C'est ainsi qu'il a créé ses célèbres danseuses connues sous le nom de "Claudettes", qu'il a édité son magazine et qu'il est devenu un phénomène au même niveau (national) que les Beatles. C'était ça Cloclo, une quête éternelle de la perfection, menant à d'innombrables rumeurs sur des comptes cachés, des enfants cachés, une homosexualité cachée, mais il a toujours un tour dans sa manche. L'un de ses plus grands succès est le bien nommé : le "mal-aimé".


Dans son yacht, lorsqu'on l'interroge sur la nécessité d'abandonner son agence de mannequins, il répond littéralement "Je ne peux pas me débarrasser du piège de mes filles". Claude a donc profité de son succès sans modération. Et c'est cette quête de la perfection constante qui a conduit à sa mort prématurée, qui a choqué des millions de fans et inspiré une réaction satirique.


Mais s'il était mal aimé, il n'en était pas moins aimé et sa mort a été l'ultime intervention du destin pour lui faire atteindre ce statut d'icône. S'il avait été vivant, il n'y aurait pas eu de légende Claude François et peut-être pas de biopic. Il voulait devenir une légende "à sa façon", mais parfois, il faut suivre la voie des instances supérieures. C'est tragique que "Cloclo" soit mort mais la tragédie est parfois l'étoffe des légendes.

JethroParis
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le 28 juil. 2021

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Jethro Paris

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