9
1398 critiques
La double imposture
Un illustre inconnu, Hossain Sabzian, entre chez des particuliers en se faisant passer pour le cinéaste Mohsen Makhmalbaf (un des réalisateurs iraniens les plus connus). Il est arrêté et traduit...
le 6 juin 2013
Hossein Sabzian, cinéphile au chômage, piège une famille bourgeoise en se faisant passer pour un célèbre cinéaste iranien. On imagine aisément qu'un tel fait divers a pu constituer un magnifique terrain de jeu pour Abbas Kiarostami. Close-up n'est ni un reportage, ni un docu-fiction. Close-up est le Deus ex machina d'une quasi farce judiciaire. Close-up est une leçon de Cinéma qui nous interroge sur le rapport qu'il peut entretenir avec le réel.
L'enrobage formel est aussi simple qu'efficace. Le film entremêle des séquences réelles (visite en prison, procès, etc.) avec des scènes reconstituées jouées par les protagonistes de l'affaire (arrestation, origine de la rencontre entre l'usurpateur et la famille). Bien que la frontière séparant les deux soit parfois ambiguë, Kiarostami ne laisse jamais le sentiment de travestir la vérité. Il ne triche pas. Ni avec Sabzian ni avec le spectateur. À plusieurs reprises, le réalisateur explicite même les clés de compréhension de son dispositif de tournage, notamment lors du procès qui occupe une bonne partie du film. Il présente ainsi les deux caméras qui vont servir à capter l'audience, l'une pour le tribunal, l'autre pour permettre à Sabzian partager ses états d'âme directement avec lui/nous, le fameux Close-Up (gros plan).
Des échanges naît la dissociation entre le fait social, le crime quasi avéré, et le point de vue psychologique qui l'a soutenu. Nous découvrons un homme broyé par le système qui se complaisait à retrouver la reconnaissance de ses pairs. Sabzian prenait son rôle de fortune très au sérieux, mu par la volonté d'effacer les préjugés qui pouvait ternir l'image de la profession en montrant qu'un réalisateur pouvait très bien être proche du peuple. La famille, elle-même touchée par le chômage, apparait comme "complice" du crime. Kiarostami avait d'ailleurs affirmé que s'il avait l'occasion de retourner le film, il aurait inversé le rapport de force, la famille devant alors coupable d'avoir obligé Sabzian à les piéger.
On eut dit que tout le monde sur le tournage avait cette formule à la bouche :
"J'ai mon image, donc j'existe". - Interview de Abbas Kiarostami
Les coulisses du film sont d'ailleurs fascinantes à plus d'un titre. Si on se doute que le dispositif de Kiarostami ait pu modifier la dynamique du procès, aucun des acteurs ne l'a manifestement subit. La méfiance initiale a laissé place à une pleine adhésion grâce à l'intervention du cinéaste qui a présenté sa démarche sous une perspective nouvelle, presque libératrice pour les deux partis : oui, Sabzian est finalement venu avec "son" équipe de tournage. Sabzian et la famille étaient tous deux artisans du mensonge, ils allaient avoir l'opportunité d'être les metteurs en scène de leur propre vérité. Même dans les passages rejoués, le naturel reprend le gallo; que ce soit au travers des multiples plans "anodins" ou de par les quelques les excès de zèle de certains protagonistes, le journaliste à l'origine de l'affaire en tête.
Le chapitre final, fragmenté par les petits soucis techniques rencontrés, nous permet d'assister à quelque chose de très beau : la renaissance d'un homme venant de gagner son individualité. Sans conteste le moment le plus poétique du film dont les prémisses ont permis de concéder l'une des plus belles affiches du Cinéma.
Close-Up est un film intelligent qui démontre que la présence d'artifices peut ne pas être contre-productif dans l'intention de capter le réel; qu'au contraire, le "mensonge" peut parvenir à le rendre plus palpable sans le dénaturer pour autant.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Top 10 Films et I9S
Créée
le 23 août 2016
Critique lue 730 fois
9
1398 critiques
Un illustre inconnu, Hossain Sabzian, entre chez des particuliers en se faisant passer pour le cinéaste Mohsen Makhmalbaf (un des réalisateurs iraniens les plus connus). Il est arrêté et traduit...
le 6 juin 2013
8
2165 critiques
La beauté de la dernière séquence, pourtant mutilée dans sa bande son à cause d'un micro ne fonctionnant qu'à moitié, est renversante. Un choc émotionnel d'une rare intensité, et difficile à...
le 8 août 2018
8
518 critiques
Sans sa mise en scène particulière entre fiction et documentaire, mensonges et vérités, rêves et réalité, le thème en lui-même n'a rien d'extraordinaire, si ce n'est sa construction à bousculer les...
le 3 mars 2019
5
109 critiques
À peine sortie et déjà enterrée par la critique, Marseille a déjà fait couler beaucoup d'encre. "Navet", "nanar", "accident industriel", "bouse", "naufrage",... toutes les joyeusetés ont été de...
le 5 mai 2016
3
109 critiques
2016, année blafarde du côté des grosses productions pop-corn. 2016, année riche en tentatives pitoyables de damage control. Entre les dénonciations de complots journalo-maçonniques, les insultes et...
le 5 août 2016
4
109 critiques
Ben voilà ? Enfin ? Est-ce qu'on va pouvoir dire que les Coréens ont mis Hollywood en Position Latérale de Sécurité ? Presque. Le film est plutôt bon, mais il y a toute même quelques parts d'ombre au...
le 18 août 2016
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème