La liberté guidant le peuple
Ovni de ce début d’année, Cloud Atlas met en scène un livre jugé inadaptable sur plusieurs histoires se déroulant à différentes époques depuis un passé pas si lointain jusqu’à un futur apocalyptique. Les Wachowski étonnent depuis Matrix et font figure d’avant-gardistes quand il s’agit de blockbusters boostés au dollar roi. Et parce que le récit s’avère des plus complexes à montrer en images, ils doivent même s’allier Tom Tykwer pour réussir à provoquer une alchimie entre les différentes époques.
Le début de l’histoire laisse pourtant présager du pire. On peut en effet redouter un film prétentieux, à l’image de The Fountain dont on se souvient surtout de Hugh Jackman en tenue de moine dans un mélange d’effets spéciaux cheaps dès sa sortie enchainant les pensées incompréhensibles. Loin s’en faut puisqu’ici le récit va basculer d’une époque à l’autre sans que le spectateur se perde en chemin, balançant des idées de liberté et d’amour, sans tomber dans la facilité manichéenne.
C’est surtout Tom Hanks, déclaré Has been depuis quelques années, qui impressionne. Prouvant qu’il peut jouer la folie et l’amour, on voit là une performance d’acteurs comme seul Daniel Day Lewis en est capable, l’homme devient le personnage, quel qu’il soit et se joue des fils du destin qui sont tissés. A cela on peut rajouter l’ensemble du casting et notamment un Ben Whishaw qui ne cesse d’étonner qui vont tour à tour, jouer des personnages divers et variés, sous maquillage ou pas et parfois même à contre emploi (l’exemple de Hugh Grant est assez exceptionnel pour qu’on s’en rappelle).
Les messages qu’on disait pourtant mal amenés et même grossiers ne le sont pas. Les réalisateurs se complètement parfaitement pour amener leur(s) récit(s) à une fin édifiante qui en enchantera plus d’un, prouvant au passage qu’on peut faire un film à gros budget et tenter de faire passer une idée, que les effets spéciaux peuvent faire partie d’un univers sans être simplement un aimant à spectateurs (bien au contraire ici puisque le film a fait un bide aux USA). La volonté d’être libre, la découverte de l’Amour et les liens intemporels qui se créent sont simplement exprimés, sans volonté de faire de la métaphysique uniquement pour paraître intelligent.
Le film est plus que ça. On reconnaît quelques maladresses dues à l’excentricité des réalisateurs quand il s’agit de montrer leur vision du monde, comme dans Matrix par le passé mais elles sont vite oubliées. Et si on n’arrive pas à ressentir les mêmes émotions que certains des personnages c’est aussi à cause d’un maquillage qui atteint ses limites dans le Néo Seoul (on ne dira pas non plus qu’ils sont ratés, simplement, dans cette partie de l’histoire, ils ne sont pas très fins). D’ailleurs, le changement de sexe de l’un des réalisateurs peut aussi être un catalyseur dans la volonté d’émancipation que font passer les Wachowski à l’écran. Les personnages, peu importe leur sexe, sont amenés à interpréter d’autres personnes, le sexe n’ayant plus aucune importance, tant que l’idée peut être transmise.
Clairement, le film est une preuve de plus qu’Hollywood peut sortir de très bons films. Il est aussi la preuve que l’exubérance est source de contradictions qui peuvent amener un récit à grandir et plonger le spectateur dans l’imaginaire de ses auteurs. Fédérer pour mieux transmettre, c’est là la volonté primaire du film qui, au travers des époques montrent à quel point l’humanité reste ce qu’elle est, avec toujours des éléments perturbateurs sans lesquels les choses ne changeraient jamais. Le film est intelligent, ça change et il vaut la peine de sortir pour le voir et même peut-être le revoir, pour mieux l’apprécier.