One does not simply walk into Cloud Atlas
Cloud Atlas, c'est tout à la fois une histoire, des histoires, et un seul univers, vaste, complexe, insaisissable d'un seul coup d’œil (un peu comme le seraient les maquettes successives retraçant l'évolution d'une ville à travers différentes phases de son histoire).
C'est un sujet de réflexion tout autant qu'un objet graphique : voilà un film lourd de symboles, de sens, d'une cohérence à la fois simple et perturbante, le tout retranscrit avec un espèce de "jusqu'au boutisme" implacable et terrifiant. De ce point de vue là, cette œuvre relève moins de l'objet de distraction audiovisuel que d'une expérience artistique (et cinématographique) qui par son aspect ludique ne déparerait pas les collections d'un Musée d'Art Contemporain (et aurait plutôt tendance à relever le niveau des collections - mais passons).
Il faut cependant reconnaître que c'est saisissant, c'est beau, c'est drôle, choquant, émouvant, intriguant... au point qu'on en vient à se demander ce que c'est vraiment, en fait !?
Vous avez aimé "où est Charlie" ? Vous aimerez Cloud Atlas.
Vous avez été fasciné(e) et impressionné(e) par "Brazil" et "Farenheit 451" ? Vous devez voir Cloud Atlas.
Matrix et Inception sont pour vous des films à concept à ne pas rater ? Bon, vous savez ce qu'il vous reste à faire...
En gros, il va vous falloir découvrir les destins croisés de six personnages au travers de six époques, incarnés par six acteurs jouant chacun six rôles différents (soit un rôle différent dans chaque époque : c'est pour le "où est Charlie", vous voyez ?). L'exercice, pour ce qu'il semble ardu, n'en est pas moins rendu incroyablement simple par un montage remarquable et un réel sens de la narration. Suivez donc :
- Sonmi 451, esclave du futur dans une société ultra moderne ;
- Zachary, survivant "primitif" d'une société encore plus lointaine (après "la chute") ;
- Cavendish, éditeur hurluberlu vivant de nos jours ;
- Adam Ewing, jeune avocat candide lors d'un voyage aux Antilles au temps de l'esclavage ;
- Luisa Rey, jeune journaliste dans les années 1970, au moment du virage énergétique (nucléaire, ou pas nucléaire ?) ;
- Robert Frabisher, jeune idéaliste et compositeur de talent, mais gay et rejeté par sa famille au début du XXe siècle.
Au spectateur donc de rectricoter l'histoire des populations de cet univers parallèle (et pourtant si proche du nôtre) en suivant le prisme de l'esclavage, des aspects cachés de nos sociétés de consommation, des origines de nos croyances, de la notion de destin - que l'on construit par nos actes - et de la réflexion sur la thématique "quel espoir pour l'humanité ? (vaste programme).
Au final, c'est beau, c'est flamboyant comme une étoile filante, et aussi éphémère qu'un vœu souhaité pour le futur, au point qu'on ne voit pas passer les 2h45 du film (et ça, il faut le faire).
Mais c'est aussi un manifeste politique contre la dictature des vices humains, une œuvre visionnaire, ambitieuse (trop?) et expérimentale tout en étant un film à grand spectacle, qui vous hantera un certain temps, si vous lui en laissez l'occasion.
Sinon, ne craignez rien, braves gens : dormez sur vos deux oreilles ; après tout, ceux qui se satisfont de leur destin n'ont rien à craindre du futur.