Les sœurs Wachowski proposent avec Cloud Atlas un film choral d'une belle maîtrise cinématographique, avec un montage étonnant et une fluidité entre des séquences variant les espaces, les époques et les temporalités comme cela a rarement été fait. Sur la forme, c'est impressionnant, ambitieux, et il faut reconnaître une véritable virtuosité dans la manière de faire cohabiter toutes ces histoires sans que le montage ne s'effondre complètement sous le poids du dispositif.
Pour autant, j'ai trouvé le film inintéressant au possible. Les différentes séquences racontent finalement, à mes yeux, plus ou moins la même histoire, ou du moins déclinent encore et encore les mêmes idées, c'était l'intention évidemment, mais ce n'est pas gratifiant. En plus le résultat est pénible. Je me suis demandé pourquoi je m'infligeais ça du début à la fin. J'ai mis une bonne heure à comprendre où je mettais les pieds : une heure de cacophonie intense, suivie de deux heures de visionnage passif durant lesquelles j'étais partagé entre l'émerveillement devant cette incroyable capacité à combler le vide et la perplexité quant à la nature même du projet et à l'ambition d'une réelle idée de fond.
Je veux dire par là que j'ai davantage eu l'impression d'assister à un exercice de style, presque à une leçon de cinéma, qu'à un film avec du cœur et du fond. Tout semble pensé, calculé, relié, construit pour produire du sens, mais je n'ai absolument rien ressenti. Et lorsqu'un film passe près de trois heures à vouloir me parler de l'humanité, de nos liens, de nos choix et de ce qui traverse les générations sans réussir à provoquer chez moi la moindre émotion, il y a forcément quelque chose qui ne fonctionne pas.
Pire encore, le principe du casting qui se transforme au gré des histoires, avec les mêmes acteurs incarnant plusieurs personnages, a été hautement repoussant pour moi. J'ai littéralement détesté ça. Principalement parce que je trouve l'effort complètement inutile. Le travail de maquillage est parfois absolument exemplaire, mais le résultat n'est pas toujours convaincant et finit surtout par attirer l'attention sur le procédé lui-même. On ne regarde plus un personnage, on cherche quel acteur se cache sous les prothèses.
Je me suis demandé, par exemple, pourquoi ne pas simplement engager une actrice qui a les même traits plutôt que de transformer Hugo Weaving en infirmière autoritaire, tant le maquillage devient ici artificiel et détourne complètement mon attention de la scène. Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Vraiment, j'ai parfois eu l'impression que les réalisatrices se faisaient un immense kiff personnel avec leur film, en poussant leur concept jusqu'au bout simplement parce qu'elles en avaient la possibilité.
J'ai lu qu'il fallait visionner Cloud Atlas plusieurs fois pour en saisir toutes les nuances. Je suis parfaitement disposé à le croire. Mais ça a déjà été une telle contrainte de le regarder une seule fois (en quatre jours, je dois le préciser, parce que je m'endormais littéralement devant) que je n'y retournerai jamais. Un film peut gagner à être revu, évidemment, mais encore faut-il qu'il me donne suffisamment envie d'y revenir. Pire encore, on a l'impression que le film doit être livré avec un mode d'emploi tellement le concept est prise de tête.
Le film n'a d'ailleurs pas été un immense succès au box-office, mais il a acquis avec le temps une belle postérité et une reconnaissance plus importante. Je ne sais plus exactement comment il s'est retrouvé dans ma liste des grands films à voir. Sans doute était-il cité dans l'un de mes livres sur le cinéma. Pour autant, je ne dirais pas que c'est un grand film. Je dirais plutôt que c'est une expérience à double tranchant : une proposition cinématographique extrêmement ambitieuse et techniquement fascinante, mais que j'ai trouvée profondément indigeste.
Je vois que le film est relativement bien noté. De mon côté, je lui attribue trois étoiles, principalement pour la démarche créative, parce que malgré tout ce que je viens d'écrire, je ne peux pas nier l'ampleur du travail accompli ni l'ambition assez folle du projet.
Reste que j'ai détesté.
Je suis plutôt heureux d'avoir désactivé les commentaires sur SensCritique depuis plusieurs années déjà. C'est exactement pour des critiques comme celle-ci que je l'ai fait. Parce que je suis parfaitement conscient qu'immanquablement, la police du bon goût me serait tombée dessus pour m'expliquer que je n'ai « rien compris au film », que je devrais le revoir ou que je ne peux pas écrire telle ou telle chose. Je suis donc très heureux de ne pas avoir à débattre de mon ressenti personnel à l'égard d'une œuvre que je reconnais volontiers comme impressionnante dans sa fabrication, mais que je trouve absolument indigeste et complétement prétentieuse.