9
89 critiques
Fidèle for ever
Le mouvement impressionniste au cinéma, c'est le début des années vingt : Louis Delluc, Abel Gance, et Jean Epstein, et un peu Germaine Dulac ; ce sont des gens qui se revendiquent comme auteur (bien...
le 10 oct. 2011
Réalisateur prolifique dans les années 1922-1938 (ère du muet), Jean Epstein est surtout connu pour La chute de la maison Usher de 1928. Il a notamment présenté sa version (1923) de L'Auberge Rouge de Balzac, le mélo Le Lion des Mogols (1924), Finnis Terae et surtout Cœur fidèle, son quatrième métrage. Le cinéaste « au visage (en forme de) losange » (Abel Gance) est aussi un théoricien du cinéma, à l'oeuvre abondante et précoce. Il fait partie de la première avant-garde française, aussi nommée « impressionnisme français » (expression imposée par Henri Langlois).
Les années 1920 marquent le début de la notion d'auteur et de l'activisme de ces derniers, se tenant pour réalisateurs et concepteurs à la fois. L'impressionnisme français est toutefois un mouvement limité, comprenant seulement cinq représentants clairs. De plus, ce ne sont pas les seuls ambitieux de cette époque, d'autres travaillant à surpasser les productions grossières du cinéma commercial : il y a en effet les expressionnistes allemands, les performances d'Eisenstein et bien sûr Griffith (Naissance d'une Nation est sorti en 1915).
Bien qu'il soit globalement tombé dans l'oubli, Cœur fidèle est une œuvre remarquable pour ses qualités esthétiques et ses audaces techniques. Le montage est nerveux et déploie de nombreux procédés avec énergie ; surimpressions, points de vue alternés, distorsions et effets de lumière grandiloquents. Le scénario est sans grand intérêt, manichéen, mais fort ; Cœur fidèle est aussi un mélodrame le moins encombré possible, laissant toute la place aux foucades sentimentales et à ce déchargement d'intuitions visuelles vivifiant, parfois novatrices, toujours sophistiquées.
Selon le regard, on peut y trouver probablement des lourdeurs dans le casting ou, avec le recul des décennies, une poignée de gaucheries ; c'est la rançon pour tous les pionniers exaltés. De la même façon on peut apprécier ces caractères outranciers, cette fougue perpétuelle communiquée avec grâce, cette préciosité abrasive, rendant la vision plus envoûtante que celle du sacro-saint Citizen Kane ; bref, c'est un film maniaque et cela lui donne tout son relief. Et puis la richesse de Cœur fidèle ne vient pas du sujet mais de son langage, subtil et pourtant flamboyant, tout en symboles ; s'il était moins raffiné, cette aventure cruelle dans le vieux port de Marseille resterait toxique et banale à l’œil du spectateur ; au contraire, la passion habitant ses protagonistes conduit la séance.
L'oeuvre est en mouvement perpétuel, guère méditative, ou alors il s'agit de méditations trop graves et émotives pour laisser quelque forme s'engourdir. Tout élan en appelle un autre ou renchérit l'activisme apparent ; le temporalité du récit est assez lâche et abstraite, l'heure vingt comprenant par ailleurs une durée indéterminée mais peut-être étalée sur une décennie. Enfin on peut tenir ce Cœur fidèle comme un ancêtre (sans être un géniteur direct) du réalisme poétique (courant français des années 1930-1940, comprenant des films de Renoir, Duvivier, Carné ou René Clair et dont L'Atalante est une quintessence) ; du pré-réalisme poétique où le contexte social est décors de tragédie pure et non matériel ; sans velléité morale, tendu vers la beauté et éloquent en chaque instant, ignorant le misérabilisme et la polémique, ces perspectives du monde trivial.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les plus belles claques esthétiques, Les meilleurs films de moins de 1h30, Les meilleurs films des années 1920, Les meilleurs films muets et Le Classement Intégral de Zogarok
Créée
le 25 juin 2015
Critique lue 1.2K fois
9
89 critiques
Le mouvement impressionniste au cinéma, c'est le début des années vingt : Louis Delluc, Abel Gance, et Jean Epstein, et un peu Germaine Dulac ; ce sont des gens qui se revendiquent comme auteur (bien...
le 10 oct. 2011
9
1640 critiques
Réalisateur prolifique dans les années 1922-1938 (ère du muet), Jean Epstein est surtout connu pour La chute de la maison Usher de 1928. Il a notamment présenté sa version (1923) de L'Auberge Rouge...
le 25 juin 2015
10
23 critiques
Années 1920. Une première avant-garde naît en France : les impressionnistes. Constituée, entre autres, d’Abel Gance, Louis Delluc, Marcel L’Herbier, Germaine Dulac et Jean Epstein ; cette jeune...
le 17 mars 2017
9
1640 critiques
La suite des Visiteurs fut accouchée dans la douleur. Des fans volent des morceaux de décors, le tournage est catastrophique, l'ambiance entre Muriel Robin et le reste de l'équipe est très mauvaise...
le 29 juin 2014
10
1640 critiques
C’est la métamorphose d’un nain intrépide, héros à contre-courant demandant au méchant de l’histoire pourquoi il s’obstine à camper cette position. Né par sa propre volonté et détenant déjà l’usage...
le 11 févr. 2015
10
1640 critiques
Deux ans avant le scandale du Dernier Tango à Paris, Bertolucci présente son premier film majeur. Inspiré d’un roman de Moravia (auteur italien le plus fameux de son temps), Le Conformiste se...
le 4 déc. 2014
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème