Cold Meat
5.8
Cold Meat

Film de Sébastien Drouin (2024)

Au départ, Sébastien Drouin est un spécialiste des effets spéciaux français qui se fait remarquer pour son travail et qui va rapidement travailler sur des gros films hollywoodiens comme Alexandre (2004), Babylon A.D. (2008) ou encore X-Men : Le Commencement (2011). Il est même appelé par Wong Kar-Wai pour superviser les effets spéciaux de son film 2046 (2004). En parallèle, il réalise des courts métrages dont l’excellent Pièces Détachées (2006) qui remporte plusieurs récompenses. Dans la deuxième moitié des années 2010, il a enfin l’opportunité de mettre en boite son premier long métrage, un film indépendant dont l’histoire s’inspire d’un fait divers qui avait marqué Sébastien Drouin. Le financement a du mal à se faire et ce n’est qu’en 2023 que Cold Meat voit le jour un peu partout dans le monde et reçoit des critiques favorables de la presse spécialisée. Un peu partout sauf… en France. Du moins jusqu’à ce que Spectrum Films décide de faire arriver chez nous en blu-ray ce film aussi réussi qu’il a été un cauchemar pour son réalisateur.


De l’aveu même du Sébastien Drouin, cette première expérience de long métrage a failli le dégouter complètement du cinéma. Déjà, le faible budget ne lui a permis que 13 jours de tournage au Canada, avec en plus 80% de novices dans l’équipe technique, la plupart des jeunes sortants de leurs études n’ayant absolument aucune expérience autre que théorique. Le film se déroulant du début à la fin en pleine tempête de neige par -20°, il était question d’avoir tout le matériel nécessaire pour simuler cette tempête de neige, avec grosse soufflerie pour balancer sur les scènes de la fausse neige. Finalement, rien de tout ça, ce qui a obligé Sébastien Drouin à, lui-même, tout seul, gratuitement, pendant 17 longs mois, à truquer pas moins de 430 plans (soit un tiers des plans du film), 7 jours sur 7, quinze heures par jour, sur son ordinateur, pour monter, étalonner les couleurs et rajouter numériquement de la neige pour simuler cette tempête de neige. Une dépression et une gastrite plus tard, son film voit enfin le jour et il est récompensée par ce qui est pour lui le plus beau compliment qu’on aurait pu lui faire. En effet, un célèbre critique a dit que pour un spécialiste des effets spécieux, c’était assez courageux de faire un film qui en comportait si peu. Comprenez par-là que ces 17 mois ont porté leurs fruits puisque même les critiques spécialisés ne se sont pas aperçus que cette tempête de neige était en réalité complètement fausse. Ce n’est pas tout puisque le film a obtenu une note de 92% sur Rotten Tomatoes, son réalisateur a remporté le prix du meilleur scénario au Fantasporto de 2024, et Cold Meat est resté dans le Top 10 sur Paramount+ UK pendant 44 jours. Pourquoi il n’était jusque-là jamais sorti chez nous, c’est un grand mystère. Cold Meat a plusieurs forces, mais la première, c’est de rapidement nous la mettre à l’envers, dès la fin du premier acte, sur deux points. On restera volontairement flou pour ne pas faire de spoiler, mais disons que le rebondissement joue sur deux tableaux, sur le scénario d’une part (et on ne s’y attend vraiment pas), et sur le genre du film qui d’un coup va bifurquer sur un huis clos dans un espace très restreint, ici dans un habitacle de voiture par un blizzard à -20°C.


Dès son deuxième acte, Cold Meat joue donc la carte du survival minimaliste avec pour lieu unique cet intérieur de voiture et seulement deux personnages, avec d’un côté un Allen Leech (Downton Abbey) à contre-emploi, impérial, et une Nina Bergman (Doom Annihilation) très impliqué, qui deviendra vite le personnage fort. Les performances du duo portent une grande partie du film et le duel psychologique et moral que vont se livrer leurs personnages va rythmer la dynamique du film. Culpabilité, séduction manipulatrice, domination, auxquels vont s’ajouter une lutte contre l’hypothermie et une absence de secours. On pourra reprocher à Cold Meat d’être trop bavard, avec une forte tendance à se lancer dans des monologues un peu trop explicatifs, et c’est un peu vrai avec des personnages qui vont parfois se lancer dans des échanges un peu à sens unique et qui cassent un peu la tension que la mise en scène s’était évertuée à mettre en place. Pourtant, ces nombreux échanges sont aussi ce qui vont faire le sel de ce duel à distance mais pourtant si rapproché avec cette ambiance glaciale qu’on arrive à ressentir au travers de notre écran, et c’est cet environnement de froid extrême qui incite les personnages aux aveux. La précision des cadres, les plans serrés sur la buée, la blancheur générale du film avec entre autre la transformation physique des personnages au fur et à mesure que l’hypothermie les gagne, tout participe à maintenir la tension avec en plus des effets sonores très travaillés qui viennent encore plus l’accentuer. Cold Meat arrive à se rendre oppressant sans utiliser de gros artifices, et même si le scénario utilise des archétypes thématiques déjà vus (la domination masculine, la femme victime, la reconquête de soi, …), cela n’entache en rien l’efficacité de ce premier film qui avec peu arrive à faire beaucoup.


Cold Meat est un premier film très prometteur derrière lequel se cache un travail titanesque. Un survival / thriller psychologique à l’ambiance glaciale soignée qui ne réinvente pas le genre mais qui fait preuve d’une belle efficacité.


Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-cold-meat-de-sebastien-drouin-2023/

cherycok
7
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le 10 mars 2026

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cherycok

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