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Cinq ans après Ida, Paweł Pawlikowski poursuit sa route avec Cold War.
Cold War nous fait suivre la danse effroyablement saccadée de deux amants, sur fond de guerre froide, là où le chant est synonyme de Résistance (pour une courte partie du film, en tout cas) mais surtout d'espoir. Dans ce régime totalitaire, deux portraits se dessinent : d'un côté, l'intrépide et peu farouche Zula et de l'autre, Wiktor. La première chante et danse, intéresse plus par sa belle gueule et son audace que pour son talent. Le deuxième est un musicien compositeur un peu paumé, à la recherche de talents, qui ne saurait vivre autrement qu'au travers de sa muse dans une chambre de bonne parisienne. Si les deux personnages sont rapidement liés pour ne faire qu'un, la relation qu'ils entretiennent s'apparente à une danse fragile et trop rapidement menée (exploiter 15 ans en 1H30 c'est un challenge), qui s'autodétruira. Les années passent, les partenaires aussi. Cold War illustre aussi bien l'art de la perte de l'autre que la perte de soi,
qu'il s'agisse de l'exil ou du suicide.
Parlons de muse justement, puisqu'il semblerait que par ce film, Pawlikowski partage la même passion pour Zula que Wiktor. Joanna Kulig est d'une justesse incroyable sur la totalité du film. Son visage est centré la plupart du temps, passe partout mais sort de l'ordinaire dans une foule. Les scènes de mouvement n'empêchent en rien une focalisation parfaite sur la figure angélique de l'actrice et dévoilent encore plus que les autres scènes. Joanna Kulig interprète Zula qui interprète une danseuse/chanteuse marquée par un arrière-plan politique. Mais qui suis-je sur scène et qui suis-je en dehors ?
Les rôles s'inversent au début du dénouement : Zula mentionne futilement son mariage à un sicilien pour pouvoir vivre à Paris dans la légalité (alors que son comportement aurait pu nous faire croire l'inverse) et Wiktor, à la prestance irréprochable, tentera de transgresser la loi et se fera prendre la main dans le sac.
Pas de palme cette année Pawel, même si Cold War s'est aisément consolé d'un prix de la mise en scène largement mérité, soulignée par une bande originale folklorique intense. Croire en l'autre, croire au destin, croire aux lendemains. Nos deux amants n'auront comme choix que d'accepter le schéma de la vie ou le devancer : jusqu'à la dernière danse, Wiktor n'hésitera pas à suivre Zula.
Allons de l'autre côté.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Ces scènes d'ouvertures..., UGC Illimité : "j'm'en fou j'ai rien payé" [2018], Les meilleurs films de 2018 et Les meilleurs films des années 2010
Créée
le 28 oct. 2018
Critique lue 289 fois
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