Collaborator est de ces films qui intriguent dès leur prémisse : une rencontre inattendue entre un écrivain en perte de vitesse et un ancien voisin à la dérive, dans un huis clos tendu où les mots deviennent des armes et les silences, des révélateurs. Une idée forte, presque théâtrale, portée par un duo d’acteurs au centre de toutes les dynamiques. Mais si le film séduit par son audace initiale, il finit par stagner, comme prisonnier de ses ambitions.
Martin Donovan, à la fois derrière la caméra et devant, campe Robert Longfellow, un dramaturge en mal d’inspiration, visiblement usé par un certain confort intellectuel. Son personnage est celui d’un homme déconnecté de la réalité, figé dans un vernis culturel qui ne le protège plus vraiment. Donovan joue sur la retenue, voire la transparence, mais cette sobriété frôle parfois l’effacement. On aurait aimé sentir davantage ses failles, sa panique intérieure, son besoin de retrouver un ancrage.
Face à lui, David Morse incarne Gus, l’ancien camarade de quartier, récemment sorti de prison, brutal, imprévisible, mais loin d’être stupide. C’est un homme blessé, rongé par la frustration, qui cherche désespérément à être vu, entendu, compris. Morse livre ici une performance magnétique, toute en tension contenue. Son personnage, loin d’être un simple cliché du marginal violent, se dévoile progressivement : cultivé par bribes, observateur malgré lui, il devient le miroir déformant des lâchetés de Robert.
La relation entre les deux hommes, pleine de ressentiment, de non-dits, d’envies de domination symbolique, est le cœur battant du film. Mais si les échanges promettent l’embrasement, ils retombent souvent dans une forme de répétition, comme si le film hésitait à pousser les enjeux jusqu’au bout. La tension est là, mais trop contenue, presque étouffée.
La mise en scène de Donovan, quant à elle, reste sobre, élégante, parfois trop discrète. Elle privilégie les cadrages serrés et les espaces clos, renforçant l’impression d’étouffement. Ce choix sert bien le propos, mais accentue aussi la sensation de stagnation narrative.
Collaborator est donc un film honnête, ambitieux dans son intention mais un peu timide dans son exécution. Il explore des thématiques profondes – le poids du passé, la culpabilité sociale, la violence sourde des rapports humains – mais laisse parfois son spectateur à la porte de ses personnages. Une œuvre qui méritait sans doute plus d’audace dramatique pour pleinement convaincre.