Laissez-moi tout d’abord me poser cette question existentielle avant de rentrer dans le vif du sujet : pour quelles raisons n’y a-t-il pas de bonus présents dans mon DVD pour comprendre les secrets de fabrication d’un tel film ? Oui, ce film que j’ai vu pour la première fois au cinéma à l’âge de douze ans, où je faisais encore des petits rodéos en moto en chemise à fleur ou bien avec mon Katana que je dégainais sans raisons apparente dans GTA Vice City sur PS2 ! A cette époque, pour tout vous dire, on ne cherchait pas à comprendre un film, mais rien d’autre qu’à le regarder et se taire. Avec la distance, j’espère au moins être à la hauteur pour vous expliquer ce que je ressens vis-à-vis de ce polar urbain que je viens de redécouvrir comme un livre dont j’ai souvent relu les pages…


« Une nuit qui commençait comme les autres »…dixit l’affiche en version française. Max (Jamie Foxx), un chauffeur de taxi comme il en existe des milliers dans la fourmilière de Los Angeles accepte pour 600 dollars de prendre en charge un passager, Vincent (Tom Cruise). « Je dois conclure une vente. Ça se fait dans la nuit », c’est lui qui le dit. Mais le cadavre d’un homme tombé sur le toit de son taxi va lever le voile sur ce mystérieux individu: celui-ci est en réalité un tueur à gages qui doit exécuter cinq contrats bien juteux. Sous la menace de son arme, Vincent va obliger Max à l’aider à le conduire à ses cinq cibles…


Déjà, je crois que James Ellroy a dû s’en mordre les doigts de ne pas avoir pu ficeler une intrigue digne de ce nom pour en tirer un roman, car elle a le mérite de se dérouler chez lui, à Los Angeles : c’est dans cette ville où se déroulent la plupart de ses histoires. Mais pourquoi pas une ville plus cosmopolite comme New York, ou bien dans la capitale du crime, Chicago, Illinois ? A vrai dire, je n’en sais fichtrement rien, mais Los Angeles est dans la réalité la ville du péché. Récemment, La Défense Lincoln avec Matthew McConaughey allait dans ce sens, et on a filmé des lieux peu représentés au cinéma pour coller avec la réalité. Mais ici, L.A, cité où personne ne se remarque dans le métro et où les skaters doivent prendre la voiture pour se rendre sur un spot, est décidément la muse de Michael Mann qui a trouvé l’occasion inespérée d’ajouter une corde à son arc pour nous faire vivre un thriller nocturne avec un casting alléchant. En effet, Michael Mann retrouve Jamie Foxx, dirigé deux ans plus tôt dans Ali, ainsi que Jada Pinkett-Smith et Bruce McGill. Un petit nouveau vient compléter le casting ; c’est Tom Cruise, qui enfile pour la première fois de sa carrière le costume du méchant. Le pari est audacieux. Sachant que Mann avait réussi à confronter Al Pacino et Robert de Niro dans Heat, il ne pouvait que réussir à remporter haut la main le pari de démontrer avec Tom Cruise que dans le métier d’acteur, il est parfois amusant de détruire le monde - et tout le monde - au lieu de le sauver. Cruise n’est pas obligé de pointer le bout de son flingue devant le spectateur pour lui faire signe d’obtempérer, mais on voit que l’entraînement et le travail d’acteur ont porté leurs fruits puisqu’il livre une performance électrique. Même les cheveux gris hérissés, barbe poivre et sel, il est dominant, ça on sait ! Son sens de la dérision, ça on connaît ! Mais ce que j’ai trouvé surprenant chez son personnage, c’est qu’il est très persuasif, il a une éthique, une morale, mais surtout qu’il se met en avant et qu’il se livre un peu, malgré son tempérament glacial ce qui n’est pas trop la tasse de thé des tueurs à gages… Dans son entreprise il entraîne un Jamie Foxx en grandes enjambées dans sa carrière cinématographique, puisqu’il a été nominé aux Golden Globes et à l’Oscar du meilleur Second Rôle en 2005 (cérémonie au cours de laquelle il remportera néanmoins l’Oscar du Meilleur Acteur pour Ray). Foxx interprète un chauffeur de taxi qui n’est pas un homme d’action. Il vit avec des rêves qui lui semblent vains à réaliser. L’arrivée de Vincent va plonger le personnage dans la peur, avant de le relever et de lui offrir le luxe de s’opposer à ses détracteurs, notamment par la confrontation avec Félix, le contact de Vincent, l’occasion pour lui de se tester. Une histoire parallèle entraîne le spectateur dans une intrigue policière tandis que chacun joue avec les nerfs de l'autre.


Le script de Stuart Beattie a le mérite d’être clair : l’histoire emmène le spectateur où il a envie d’aller. Les dialogues sont bien ficelés, et on prend plaisir à observer les confrontations Max-Vincent ou encore cette scène du club de jazz où la conversation entre Tom Cruise et une de ses cibles passe d’une bande d’accros au jazz qui refait le monde avec Miles Davis à un face à face fiévreux. Car le scénario se déroule de nuit, dans un Los Angeles peint comme une jeune fille sans sommeil, qui rend son lot de meurtres exécutés froidement ; les buildings, les stations d’essence, l’intérieur des bars et des boîtes de nuit brillent de mille feux. Les plans aériens ? Du velours. Michael Mann cherche le moindre éclat de ciel d’encre parfait pour nous le faire partager en toute beauté avec sa caméra numérique. Ses plans s’enchaînent avec de douces transitions qui passent au chapitre suivant. Quand à la bande son, je n’ai rien à dire elle colle très bien au film, l’utilisation du reposant Hands of Time de Ion Storm fait que le spectateur est à l’intérieur d’une voiture, à Los Angeles, à une heure assez avancée de la journée et non devant sa télévision, et que le temps s'écoule tranquillement. Le calme avant la tempête.


Qu’on se le dise, Collateral est un excellent film qui se regarde comme on lit un roman policier, calculé, sans temps mort. Tom Cruise fait découvrir une nouvelle facette de son talent, tandis que Jamie Foxx et Jada Pincket-Smith confirment dans des rôles taillés sur mesure et des seconds rôles prometteurs à l’instar de Mark Ruffalo. Ce film a du cran, un des plus aboutis de Michael Mann, ce qui explique son succès mérité. Bien que je n’aie pas vu tous ses films, il est important pour moi de saluer la performance d’un conteur qui s’amuse à retenir l’haleine du spectateur du début à la fin, surtout avec cette scène où Vincent hurle ce qui est pour moi LA phrase du film : « Je fais ça pour vivre ! »


Critique rédigée en janvier 2013


Créée

le 14 juin 2026

Critique lue 250 fois

BarnyLgx

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