Celui-ci ayant été assez mal distribué, je n’ai pas eu la possibilité de voir en salle le dernier film de Bertrand Bonello. Pourtant, dieu sait que Bonello, c’est comme Kechiche ou Guiraudie, j’en rate pas. Rattrapage donc, de ce qui constituera à ce jour son moins bon cru à mes yeux, malheureusement.


Le grand film se situe aux extrémités. D’une part, le premier plan repris de l’un des plus beaux de Nocturama, secondé par un enchaînement d’images insaisissables, accompagnées d’un texte, lu off, une lettre, de Bonello à sa fille. On dirait du Gandrieux, du Godard, du Klotz, du Carax. J’adorais déjà. D’autre part, quand le texte reprend dans l’épilogue, accompagné cette fois de plans d’une planète en colère (geysers de lave, feu de forêt, fonte des glaciers…).


En définitive c’est peut-être tout ce dont je me souviendrais. C’est peu à l’échelle d’un film (une dizaine de minutes tout au plus, sur 1h20) mais ça continue d’écrire la légende de cet immense cinéaste, passionnant dans sa capacité à créer des images, à expérimenter la forme, et de nouvelles formes de narration.


Il y a pas d’autres cinéastes comme Bonello dans le paysage du cinéma français. Et quand bien même celui-ci me semble raté, il n’y coupe pas : ça ne ressemble à rien qu’on ait déjà vu, aussi bien en tant que film sur la jeunesse, qu’en tant que film de confinement. Il y a notamment d’étranges séquences oniriques en forêt, angoissantes, tournées en nuit américaine. Et il y a deux visages qu’on n’oublie pas (on n’oublie jamais les visages qui traversent les films de Bonello) dont l’un a déjà été entrevue chez Bonello, dans Zombi Child, à savoir ceux de Julia Faure et Louise Labèque.


Tout ceci est insuffisant pour en faire un film important, mais intéressant, ça oui, toujours, tant le film est un objet curieux, mêlant facetime entre copines, youtubeuse bien-être, soap de poupées en stop motion, caméras de surveillance, déclarations de Gilles Deleuze et free zone forestière cauchemardesque, le tout dans une ambiance de sitcom mal montée, avec une boîte à rires récalcitrante. C’est pas tiède, quoi.

JanosValuska
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le 4 mai 2023

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JanosValuska

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