Le propos est intéressant et annonce un film coup de poing. S’inspirant de façon lointaine du massacre de Circeo, il souhaite mettre en scène la jeunesse d’une bourgeoisie italienne totalement dépourvue de morale. À la façon d’Orange mécanique, la vie de ces deux garçons et de cette fille n’est que sexe et violence. L’occasion pour Mario Imperoli de tourner des séquences racoleuses à tous les étages. Mais si celles mettant en avant la violence font toujours avancer le récit, les nombreux plans de nudité frontale finissent par lasser tant ils se révèlent tout à fait gratuits. Pire, ils cassent le rythme d’un récit qui débute sur les chapeaux de roue et qui semble vainement chercher un second souffle au bout de trois quarts d’heure. En brouillant le portrait de tous ses personnages (notamment, celui du commissaire Muzi dont le rapport avec les femmes est des plus discutables), le nihilisme du discours prend certes de l’épaisseur mais sa vision caricaturale prend le contrepied du réalisme recherché. De fait, la réalisation semble manquer sa cible.
On a ainsi le sentiment qu’entre deux séquences de violence, le récit piétine sacrément. L’enquête menée n’est pas un modèle de rigueur et d’ingéniosité, les scènes de sexe n’apportent que trop peu de choses et certains personnages sont mis de côté après avoir été placés au cœur de quelques péripéties. À l’errance de ce trio infernal semble ainsi répondre une errance du récit : c’est l’explication la plus crédible pour défendre certains partis-pris mais le film en pâtit franchement. On frôle ainsi trop souvent l’ennui dans des scènes de transition peu convaincantes. Heureusement, même si elle est hétéroclite, l’interprétation reste globalement de qualité et la folie du trio fonctionne. On aurait cependant aimé la voir se confronter plus frontalement à la société qu’elle méprise pour comprendre davantage ses motivations. Son attitude annonce cette jeunesse que nous peindra une décennie plus tard Bret Easton Ellis alors qu’on aurait souhaité, parce que le genre l’exige, un message plus politique. Ce message viendra, certes, en tout bout de course (avec une certaine efficacité il faut en convenir), mais le réalisateur passe, avant cela, à côté d’un élément qui aurait pu mieux servir l’ensemble.
Le résultat n’est pas raté, loin de là. L’efficacité propre au genre est bien là mais il est dommage que Mario Imperoli n’ait pas réussi à imposer un propos plus riche. Il aurait alors pu signer une œuvre plus marquante mais semble s’être contenté de jouer la carte de la facilité en cédant aux sirènes habituelles de l’exploitation. Or, avec un tel sujet, il y avait vraiment matière à frapper un grand coup sans renier le cinéma de genre.
5,5/10