Comme des riches d’Amin Harfouch se présente comme une comédie française moderne, censée mêler satire sociale et humour décalé. Sur le papier, l’histoire est prometteuse : Giuseppe (Brahim Bouhlel), employé sur un yacht de luxe à Saint-Tropez, recrute son frère et deux des amis à son frère de Saint-Denis pour se faire passer pour des princes du Golfe afin de saboter la vente du bateau à un milliardaire. Le pitch suggère une critique des ultra-riches et de l’obsession des apparences, mais dans les faits, le film se perd dans une accumulation de clichés stériles et d’humour potache mal calibré.
L’une des principales failles du film est son traitement des personnages issus des banlieues et des minorités arabes. Plutôt que d’offrir une vraie profondeur ou de les humaniser, le scénario les transforme en caricatures ambulantes : accents forcés, déguisements grotesques, comportements outrés pour provoquer le rire. Sous couvert de comédie, Comme des riches se livre à un exercice de moquerie qui confine à l’opportunisme. La satire sociale promise disparaît sous des situations absurdes, des dialogues plats et des répétitions comiques qui ne surprennent jamais.
Philippe Katerine, dans le rôle du concierge mythomane, est l’un des rares éléments à offrir un humour sincèrement décalé. Son burlesque apporte un souffle à des scènes autrement étouffées par la lourdeur des clichés. Mais même sa présence ne suffit pas à sauver le film d’un naufrage complet : le scénario reste prévisible, les enjeux quasi inexistants et la tension comique constamment noyée dans le grotesque.
Le film accumule les stéréotypes sur les “lascars” de banlieue et les arabes, les présentant comme des opportunistes naïfs ou des escrocs caricaturaux. L’ironie censée surgir des contrastes entre la jet-set tropézienne et la banlieue s’évanouit rapidement, laissant place à un humour primaire qui fait sourire, mais jamais de façon intelligente. Même les décors luxueux, censés renforcer la critique des excès et du paraître, deviennent des accessoires vides, incapables de porter le film.
En fin de compte, Comme des riches illustre avec une tristesse certaine la paresse de certaines comédies françaises contemporaines : elles promettent une satire sociale et un regard critique sur les élites, tout en s’appuyant sur les clichés les plus faciles pour faire rire. Ici, le rire ne naît pas de l’intelligence du scénario, mais de la moquerie des minorités et des stéréotypes de banlieue, dans un mélange gênant de maladresse et de répétition. Le film aurait gagné à réfléchir à l’humour qu’il veut produire plutôt qu’à exploiter des personnages comme des punching-balls comiques.
Au final, Comme des riches n’est pas seulement une comédie ratée : c’est une démonstration navrante de la manière dont le cinéma populaire français peut, encore aujourd’hui, confondre satire et stéréotype, humour et mépris. Un film qui aurait pu provoquer réflexion ou rire, mais qui ne laisse que malaise et ennui derrière lui.
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