Après avoir mis en scène beaucoup de films policiers, de thrillers et de polars, dont certains très réussis comme l’excellent « Gardiens de l’ordre » avec Cécile de France, le plus récent et très intéressant « Trois jours et une vie » ainsi que le film qui l’a révélé au grand public, « Le Convoyeur » avec Albert Dupontel, le cinéaste francophone Nicolas Boukhrief s’essaie pour la seconde fois à autre chose après le drame romantique « La Confession ». Ici, avec « Comme un fils », il saute à pieds joints dans une veine sociale que ne renieraient pas les frères Dardenne. De la façon de filmer de manière nerveuse et au plus près de ses personnages en passant par le sujet (ici les conditions de vie des Roms et les enfants battus) en plus d’une visée fortement humaniste, c’est un essai clairement assumé de cinéma purement social.
Et de choisir Vincent Lindon pour le rôle principal apparaîtrait presque comme une évidence. Le comédien s’est spécialisé depuis une décennie dans ce type de cinéma à message fort hormis quelques écarts plus étonnants comme les films particulièrement particuliers de Claire Denis (qu’on le droit de ne pas aimer) ou son rôle dans la Palme d’or clivante et trash « Titane ». Sinon c’est du cinéma social mais davantage tourné vers le monde du travail et en guerre contre le capitalisme sauvage comme le prouve sa belle trilogie sur le sujet avec Stéphane Brizé composée de « La Loi du marché », « En guerre » et « Un autre monde », tous trois de qualité diverse mais formant un ensemble homogène. L’acteur continue donc sur cette voie mais cette fois vers du social tourné vers l’humain, davantage comme les Dardenne que Ken Loach donc. Et encore une fois il est impérial et évite la redite avec un personnage bien écrit et dont on cerne bien les contours grâce à un script lui donnant beaucoup de profondeur. Un beau rôle, grave et touchant que l’acteur empoigne avec sa force, son naturel et sa grâce habituels. Mais le jeune acteur qui joue l’enfant roumain est également très bon tout comme la trop rare Karole Rocher. Au niveau de l’interprétation c’est donc un sans-faute.
Le message que laisse paraître Boukhrief est assez nuancé sur le problème Rom ainsi que sur les conditions d’accueil et de gestion de ces populations en France. Il n’enjolive pas cette communauté mais ne la stigmatise non plus, restant sur une neutralité assez payante sur un sujet asse polémique et qui ne flattera pas plus l’électorat de gauche que celui de droite. Le rythme et la mise en scène soutenue de ce film tantôt âpre et tantôt doux finissent de nous faire passer un agréable moment même si « Comme un fils » n’a pas la force de frappe et la puissance de ces illustres modèles. Là où le bât blesse probablement le plus et empêche le film d’être vraiment bon c’est sur le flot d’incohérences voire d’invraisemblances qu’il comporte. La première, énorme, est qu’on ne saura jamais comment le gamin a retrouvé l’adresse du personnage principal. Ensuite, toute leur relation apparaît trop angélique, presque forcée... Qui caresse le front d’un gamin qui vient de saccager son domicile ?! Et sa relation sentimentale naissante avec l’assistante sociale est peu crédible. Un côté naïf et donc peut-être trop idéaliste auquel on a du mal à accrocher en plus d’un côté récit initiatique prévisible. Peut-être que selon l’humeur ça peut passer mais cela fait tout de même irréaliste à plusieurs reprises ce qui bloque forcément notre adhésion quand bien même les intentions sont bonnes et le récit prenant.
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