Si le romancier américain George Barr McCutcheon (1866-1928) est complètement inconnu en France, aucune de ses œuvres n’ayant été traduite au pays de Michel Bussi, il a tout de même été un auteur populaire dans son pays natal. Près d’une trentaine de films adaptent son œuvre, avec une préférence pour Brewster’s Millions, dont on compte une dizaine d’adaptations, pas toujours des plus officielles d’ailleurs.

L’histoire varie, mais reste prometteuse, facile à utiliser et apte à faire rêver plusieurs générations de spectateurs, en misant sur un héritage fantastique mais soumis à des règles drastiques. Un enjeu qui tourne autour de la dépense d’une certaine somme pour en toucher toute la totalité, mais aux contraintes strictes : à la fin de la période, l’héritier doit avoir dépensé tant d’argent sans posséder aucun actif tandis que les possibilités de dons et autres subterfuges restent limités.

C’est ainsi ce qui arrive à Monty Brewster, joueur de baseball dans une ligue de seconde classe, à l’enthousiasme certain et à la débrouille facile. Monty doit dépenser un million de dollars par jour pendant un mois, s’il veut hériter de 300 millions de dollars, mais aux conditions déjà citées, et avec l’interdiction d’en parler en dehors des avocats impliqués. Ni son meilleur ami et collègue de jeu, Spike Nolan (le gros nounours John Candy), ni la comptable employée pour attester des frais dépensés, Angela Drake (belle et talentueuse Lonette McKee), pour qui Monty n’est pas indifférent, ne seront ainsi au courant.

Le fébrile Monty doit donc dépenser, dépenser, mais sans rien posséder, s’il veut emporter la grosse mise. Alors il loue, investit dans des projets saugrenus ou parie sur des cotes improbables, mais qui arrivent néanmoins à lui faire gagner de l’argent en retour. Il achètera ainsi le timbre le plus cher du monde, avant de l’envoyer posté à ses avocats sur une lettre, lui faisant perdre toute valeur. Parmi ses autres idées, il décide de monter une rencontre entre son ancienne équipe et les Yankees de New-York tandis qu’il trouvera un beau moyen de dépenser vainement de l’argent en se présentant en politique, mais les candidats les plus absurdes sont parfois les plus populaires. Ses élucubrations le font vite devenir une personnalité publique, mais à la réputation de fou, lui qui enrage de ne pas pouvoir révéler qu’il doit cacher ses véritables intentions.

De l’argent, toujours de l’argent à ne plus savoir quoi en faire, telles sont les problématiques de Monty, petit gars du peuple fébrile mais sympathique, joué par le malingre mais volontaire Richard Pryor, superstar comique US de ces années. Une énergie certaine, une envie de bien faire, mais les contraintes sur lui ne l’empêchent pas d’accéder à ses désirs. Si la conclusion est abrupte, comme si une fois le sort de l’argent réglé le film ne pouvait plus exister, Brewster’s Million de son titre original se révèle comme une sympathique comédie.

Celle-ci reste à la surface de cette thématique, entre attraction et réprobation de l’argent roi, mais sa douce folie reste entraînante, même si elle peut tourner à vide. A l’image de Monty, aux prises avec trop de responsabilités et qui improvise au jour dans sa folie des grandeurs, mais c’est peut-être ce personnage qui n’est préparé en rien qui offre au film quelques scènes assez réussies, où tout peut arriver quand il faut dépenser de l’argent inutilement ou presque.

Walter Hill signe la première comédie de sa carrière, même si 48h contenait quelques éléments comiques (auquel il fait d’ailleurs référence), et il offre un travail assez réussi dans un tel genre. Il arrive ainsi bien à retranscrire l’ébullition autour de Monty, entre ses vrais alliés, les profiteurs, ses employés (dont Rick Morianis, qui avait déjà travaillé avec Hill sur Les Rues de feu), les curieux ou les fans. Il arrive aussi bien à placer Richard Pryor au centre, dépassé par les événements mais toujours de l’avant, et à s’amuser des conséquences sur son entourage. A noter que la bande-son, très réussie, est signée par l’excellent musicien Ry Cooder, dont il s’agit de la troisième collaboration avec le réalisateur.


SimplySmackkk
7
Écrit par

Créée

le 28 avr. 2026

Critique lue 24 fois

SimplySmackkk

Écrit par

Critique lue 24 fois

3

D'autres avis sur Comment claquer un million de dollars par jour

Comment claquer un million de dollars par jour

Comment claquer un million de dollars par jour

9

Hawk

le 12 janv. 2011

Suivre

L'unique comédie de Walter Hill

La seule vraie comédie dans la filmographie de Walter HILL qui sort un peu du genre qui l'a fait connaître: les westerns. Richard Pryor est excellent dans son rôle d'un joueur de base ball chanceux,...

Comment claquer un million de dollars par jour

Comment claquer un million de dollars par jour

6

Boubakar

le 25 juil. 2017

Suivre

One in a million.

Quand on demande à Walter Hill la raison pour laquelle il a fait ce film de commande, c'est pour avoir un succès au box-office, après le four que fut Les rues de feu. Inutile de dire que c'est un...

Du même critique

Calmos

Calmos

8

SimplySmackkk

le 2 avr. 2020

Suivre

Calmos x Bertrand Blier

La Culture est belle car tentaculaire. Elle nous permet de rebondir d’oeuvre en oeuvre. Il y a des liens partout. On peut découvrir un cinéaste en partant d’autre chose qu’un film. Je ne connaissais...

Scott Pilgrim

Scott Pilgrim

8

SimplySmackkk

le 5 janv. 2011

Suivre

We are Sex Bob-Omb and we are here to make you think about death and get sad and stuff!

Le film adaptant le comic-book culte de Brian aura pris son temps avant d'arriver en France, quatre mois après sa sortie aux Etats-Unis tandis que le Blu-Ray est déjà sur les rayons. Pourquoi tant de...

The King's Man - Première Mission

The King's Man - Première Mission

7

SimplySmackkk

le 30 déc. 2021

Suivre

Kingsman : Le Commencement, retour heureux

En 2015, adaptant le comic-book de Mark Millar, Matthew Vaughn signe avec le premier KingsMan: Services secrets une belle réussite, mêlant une certaine élégance anglaise infusée dans un film aux...