Mémorables sont la composition de gentille godiche de Judy Holliday et le couple qu'elle forme avec Broderick Crawford. Blonde, la voix haut perchée, Billie doit avoir conscience de sa sottise puisqu'elle s'abstient, d'elle-même, de parler. Ce qui n'est pas le cas d'Harry, un parvenu grossier et vociférant, surtout futé pour les affaires illicites dont il a fait de Billie la "femme de paille".
Ce personnage de blonde idiote en a inspiré ou en rappelle beaucoup d'autres sans doute (je pense à Jane Mansfield chez Frank Tashlin ou, plus drôle, à l'irrésistible Jean Hagen dans "Chantons sous la pluie") et il permet à Judy Holliday un joli numéro, sans excès ni redondances. Ses disputes répétées avec Harry -cocasses scènes de ménage entre deux QI affaiblis- constituent les meilleurs moments de cette comédie théâtrale dont on regrettera néanmoins la légèreté scénaristique.
Aux côtés de Judy Holliday et de Broderick Crawford, le personnage de William Holden fait plutôt terne. Celui-ci est l'intellectuel chargé par Harry de "cultiver" Billie et d'empêcher ses bourdes publiques. Il se montre relativement efficace, faisant naitre chez sa docile élève une lueur d'intelligence et un souci de moralité -dans un esprit un peu sentencieux rappelant Capra- que permet la connaissance.