Jean-Claude Roy a entamé sa carrière de réalisateur dans les années 50,sans connaître le succès.Lassé sans doute des échecs il sera à l'arrivée du porno dans les seventies un des premiers cinéastes à se reconvertir dans l'industrie du X sous le pseudo de Patrick Aubin,usinant lors des décennies 70 et 80 des dizaines de films de sexe soft et surtout hard.Mais l'érotisme était avant cela au rang de ses préoccupations,comme en atteste ce film sexy à sketches datant de 67.Bizarre de se dire que cette petite comédie érotique fut en son temps interdite aux moins de 18 ans car on en voit plus aujourd'hui dans le moindre spot de pub ou téléfilm en prime time.Ecrit et réalisé par Roy,"Comment les séduire" nous présente Milton le play-boy,une sorte d'anglais caricatural avec moustaches,chapeau melon,canne et costume de tweed,qui se vante d'être le séducteur ultime dans les bras duquel tombent toutes les femmes,ce qui parait plus que douteux.Le gars introduit les six sketches composant le film mais n'y apparait pas,laissant la place à d'autres acteurs.Chaque partie est censée illustrer une des différentes façons de faire craquer les filles et de les mettre dans son lit mais inutile de préciser que le contenu n'a pas grand-chose à voir avec cette promesse de dévoiler des trucs infaillibles.Le premier épisode va même à l'encontre de ce postulat dans la mesure où le dragueur,un photographe désirant se faire son modèle en terrifiant la nana par des coups de fil anonymes avant de venir chez elle en sauveur,se verra opposer une fin de non-recevoir au moment de conclure.Tout est à peu près du même tonneau dans cette suite d'aventures stupides et inintéressantes,mal foutues et mal jouées qui n'apportent rien dans le domaine sociologique des rapports hommes-femmes dans les sixties.Les sujets sont à côté de la plaque,les conclusions tombent à plat et l'ensemble laisse une curieuse impression de vide tant ça se répète et ça tire en longueur malgré la brièveté d'une oeuvre qui ne fait au total que 80 minutes.Quelques qualités surnagent cependant,comme cette vision d'un Paris d'autrefois qui n'existe plus,appuyée par un joli noir et blanc,des images qui rappellent les débuts de la Nouvelle Vague,notamment les premiers films de Godard tels que "A bout de souffle" et "Une femme est une femme" ou le "Adieu Philippine" de Rozier.Par ailleurs le film est plutôt osé pour l'époque,quasiment toutes les actrices exhibant leurs seins ou leurs fesses,voire les deux.Une exception à la médiocrité ambiante,le dernier sketch à tonalité fantastique qui montre une organisation féministe radicale luttant contre le patriarcat machiste.Les gonzesses kidnappent des séducteurs impénitents,les enferment dans un centre de rééducation et les soumettent quotidiennement à des exercices physiques musclés,notamment des "tournantes" lors desquelles les mecs sont contraints de satisfaire des dizaines de femelles en furie,de quoi les dégoûter de la bagatelle,on se croirait dans "Orange mécanique".Surprenant de voir que ces conceptions féministes anti-hommes,si prisées aujourd'hui,étaient déjà conceptualisées à la veille de mai 68.Il est toutefois dommage que cette partie,manquant de moyens et d'idées de développements,s'étale comme le reste du film en longueurs et scènes répétitives.La musique,dynamique,est excellente.Elle est composée par François de Roubaix,qui la signe du pseudo exotique de Cisco El Rubio tandis qu'on entend à un moment le hit de Nougaro "Les Don Juan".Le montage,plutôt heurté,est assuré par le pourtant réputé Raymond Leboursier,cinéaste à ses heures.Les acteurs sont essentiellement des inconnus et peu ont fait carrière.Milton est joué par Jerry Brouer,un comédien de troisième zone ayant fait des apparitions furtives dans des gros films,un soldat allemand dans "La grande vadrouille" par exemple,et tenu des rôles plus importants dans des films érotiques et même pornos,sans qu'on sache bien s'il a participé à des séquences hard.On remarque ici les visages un peu familiers d'Etienne Draber et de la jolie Virginie Vignon,grande spécialiste des emplois déhabillés,qui ne sont pas dans le même sketch mais seront bizarrement tous deux quelques années plus tard à l'affiche de "Et la tendresse?Bordel!" et "Rendez-moi ma peau",deux films de Patrick Schulmann.Il y a aussi Daniel Moosmann,plus connu en tant que réalisateur et ici très bon en photographe amateur libidineux.Autre curiosité,la brève participation de Mei-Chen,actrice asiatique vue dans des films olé-olé qui deviendra l'épouse du journaliste François Chalais,grand pourfendeur du porno.