Alors que je contemplais paisiblement mon vendredi toucher à sa fin en écoutant d'une oreille enamourée la splendide partition de Basil Poledouris, monument de lyrisme et de bellicisme à vous faire dresser les poils du torse (si vous avez la chance d'en avoir), je me suis imaginé vivre dans ce monde constamment en guerre, parcourant les steppes au dos de mon fidèle destrier nommé Serge, ma longue tignasse d'ébène flottant au grès du vent, priant Crom ou les quatre vents (je suis encore hésitant), massacrant quelques malandrins et autres canailles avant de me faire un collier de leur kiki que j'offrirais à ma walkyrie en lui jurant un amour à jamais éternel avant de rejoindre mes frères d'armes au saint du Walhalla... Il était clair que cette réflexion de fin d'après-midi ne voulait dire qu'une seule chose: il était plus que grand temps de me faire un "Conan le barbare".

Pour apprécier à sa juste valeur un chef-d'oeuvre comme "Conan le barbare", adaptation légèrement infidèle aux écrits de Robert E. Howard, il faut être légèrement allumé de la calebasse, à l'image du metteur en scène John Milius, fasciste zen comme il aime à se nommer lui-même et grand amateur d'armes en tout genre. Comme le bonhomme, il faut appliquer à sa vie de tous les jours l'art de la guerre cher à Sun Tzu, faire sienne la poésie du guerrier, comprendre ce mélange de rage, de haine, de violence, de désir de conquête et surtout d'amour qui anime chaque homme sur cette terre, qu'il soit bon ou mauvais. Pour aimer "Conan le barbare", il faut avoir l'âme d'un guerrier ou d'une amazone.

S'appropriant totalement l'univers imaginé par Howard dans les années 30, conservant sa puissance d'évocation mais diminuant son aspect fantastique (présent dans le scénario original d'Oliver Stone) et ses relents de machisme désuet, John Milius dessine le portrait flamboyant d'un gosse déraciné et réduit à l'état de chien, transformé en colosse par la haine et la violence, mais qui apprendra à devenir un homme, un vrai, avec sa force et ses faiblesses. Ainsi qu'un roi de ses propres mains mais ceci est une autre histoire.

Touché par la grâce de dieux belliqueux, John Milius touche au sublime, à la perfection, accouchant d'un poème furieux et sanguinolent, d'une force et d'un lyrisme que l'on ne reverra que rarement sur un écran de cinéma, nous plongeant tête baissée dans l'aventure avec un grand A, celle qui fait hurler, celle qui fait frémir, celle où la violence des sentiments vous éclate directement à la gueule, vous laissant vous et votre âme cloués au sol pour ne plus jamais vous élever.

D'un romantisme fou et douloureux, illustré avec une puissance du tonnerre de Dieu par le score de Poledouris et révélant le charisme sauvage d'un inconnu au nom imprononçable qui trouvera ici son meilleur rôle, grâce à l'osmose parfaite entre son jeu innocent et son personnage, "Conan le barbare" reste pour moi et pour tous les grands malades de cette planète un chef-d'oeuvre impérissable pratiquement hors du temps, un miracle gravé à jamais sur pellicule dont Crom lui-même pourrait être fier. Si j'ai un jour un fils, je rêverais de l'appeler Conan, mais sa mère ne sera pas d'accord et ça sera sûrement mieux pour lui. Je me contenterais de lui confier le secret de l'acier et de lui faire comprendre que nous ne sommes ni des dieux, ni des géants mais des hommes. Rien que des hommes.
Gand-Alf
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Le 25 janvier 2014

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17 commentaires

Conan le Barbare
Gand-Alf
10

Days of high adventure.

Alors que je contemplais paisiblement mon vendredi toucher à sa fin en écoutant d'une oreille enamourée la splendide partition de Basil Poledouris, monument de lyrisme et de bellicisme à vous faire...

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