Disons d’emblée ce qui est positif : Conclave est un beau film. Beau par ses couleurs, par sa gamme chromatique. Les lieux et les détails rappellent constamment une chose : le catholicisme de l’Église apostolique et romaine, en son cœur nucléaire, au Vatican.
Les décors filmés, qu’il s’agisse des salles de la Chapelle Sixtine, des chambres ou des couloirs, sont minutieusement choisis pour nous immerger dans le contexte physique dans lequel évolue le clergé à son plus haut niveau — au plus près du Seigneur, au sens littéral cette fois-ci. Mention spéciale à Ralph Fiennes, qui incarne avec brio le cardinal Lawrence, un homme désabusé chargé de superviser l’élection du futur pape.
Le film est profondément politique, ce qui est logique puisque l’action se situe au cœur d’un conclave papal, cet enfermement des cardinaux dans une pièce close où ils élisent le futur pape. Néanmoins, le réalisateur n’oublie pas les dimensions religieuses, essentielles dans cette assemblée placée sous la direction supposée du « Saint-Esprit ».
Cependant, pour atteindre une qualité véritablement supérieure, le film aurait dû aller au-delà du respect du décorum. Il pêche par un manque de finesse. Le propos de l’Allemand Edward Berger est clair : il veut mettre en garde contre la montée d’une génération de membres du clergé susceptibles de réduire l’Église à une cause identitaire et politique, au détriment de sa mission spirituelle, en revenant sur les évolutions induites par Vatican II de 1965. Si l’intention est louable, son exécution est trop grossière.
Avec un pape jésuite actuellement en exercice, souvent salué pour la subtilité de ses messages tacites, comme il est de coutume chez les membres de la Compagnie de Jésus, le film aurait pu s’inspirer de cette approche. Malheureusement, il échoue à transmettre son message avec finesse, ce qui provoque une certaine déception. Résultat : un 6,5 (motivé par le fait que le film fut vu en excellente compagnie ?) que Sens critique m’impose de transformer en 6/10.