Soral n’est pas cinéaste, mais son film dit peut-être quelque chose

Un brin de nostalgie en regardant ce film.


Je pense que le film s’est fait plomber en grande partie à cause de la réputation de son réalisateur. Pour ma part, je sépare l’homme (que je n’apprécie pas beaucoup) de l’œuvre, et je juge donc le film pour ce qu’il est.


Il y a clairement des moments un peu lourdingues, et la réalisation fait très amateur. Je pense notamment à la scène du coup de boule, qui m’a beaucoup fait rire tant la technique est catastrophique. Mais en même temps, c’est normal : Soral n’est pas cinéaste.


Les femmes sont aussi souvent réduites à des caricatures dans ce film. Ce n’est pas forcément dramatique puisque le propos principal n’est pas vraiment là, même si je pense qu’il aurait été intéressant de nuancer davantage le message « redpill » qui traverse le film en proposant des personnages féminins plus complexes.


Je trouve aussi que le film est assez ringard sur beaucoup d’aspects. Je ne sais pas exactement comment la jeunesse des années 2000 draguait, puisque je venais à peine de naître, mais tout ça me paraît aujourd’hui complètement hors sol. Les espèces de grimaces viriles, la drague lourde où tu parles du « petit cul » d’une fille au bout de deux phrases… Je ne suis pas convaincu que ça ait réellement fonctionné à l'époque.


Par contre, je trouve le film intéressant sur pas mal de points :


Déjà, il y a une forme de démystification des femmes dans le contexte de la séduction. Et tout ça arrive 20 ans avant l’hégémonie du mouvement redpill sur Internet.


Le film attaque assez frontalement les poètes et leur vision fantasmée de la femme et de la séduction. Le poète passe des semaines à se branler intellectuellement sur une fille qu’il croise dans son quotidien, à fantasmer une histoire qui n’existera jamais, pendant que le mec qui s’en fout un peu finit par tirer son coup.


Il y a aussi tout un propos social derrière tout ça. Le dragueur de rue peut, pendant presque un temps, s’extirper de sa condition sociale en abordant les filles qu’il rencontre. Mais malgré tout, il y a une certaine jeunesse bourgeoise qui lui restera à jamais inaccessible, tout simplement parce qu’il n’a pas les codes, ni le capital culturel. Et y’a une scène très forte qui le montre bien, c’est celle où Saïd retire ses bottes en cuir de rebelle pour mettre ses babouches minables de berbère quand il est seul chez lui.


Le personnage de Saïd qui nous semblait cool au début du film devient progressivement de plus en plus pathétique. Le personnage de Soral le dit lui-même : il y a quelque chose de profondément pathétique dans le fait de passer ses journées à courir après les filles alors qu’on pourrait utiliser cette énergie pour essayer de s’élever socialement.


Mais surtout, le clou du spectacle, c’est l’évolution du personnage principal. Celui qui était si poète, si gentil, si sensible au début du film nous révèle sa véritable nature.

En fait, il n’était pas gentil du tout, comme beaucoup de soi-disant gentils. Il était faible ! Et dès qu’il a eu l’occasion d’être plus fort, il a trahi quelqu’un qui le prenait pour un ami et qui lui a permis de s’élever dans le milieu de la séduction. On peut aussi y voir une lecture sociale : le bourgeois qui utilise le prolétaire pour asseoir sa domination, puis qui le jette une fois qu’il n’en a plus besoin.


Et pour ceux qui ont un peu pratiqué à l’époque, vous le savez. Le cynisme qu’on développe en découvrant ce qu’on croit être « la véritable nature des femmes » a vraiment le pouvoir de nous rendre cyniques dans tous les autres pans de notre vie, et donc de faire de nous des enculés. Eh bien, le film se termine justement là-dessus. Et c’est là qu’on voit que le protagoniste n’était pas quelqu’un de bien, et qu’il était juste un type faible, égocentrique, minable et sans aucun principe. Il devient un connard partout, pas seulement avec les femmes.


Tom, t’es un enculé.

Saïd, va faire des études, trouve-toi un véritable objectif dans la vie et va écouter le rav Benchetrit pour réapprendre à croire.


Siappy
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le 19 juil. 2026

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