Voici un film venu d’une autre époque. Les années 2000 triomphantes, où la contestation du système politique semblait tellement inoffensive qu’elle était tolérée sur les plateaux télé y compris dans ses formes les plus excessives, l’époque où Alain Soral devint célèbre avec ses théories sur les rapports hommes/femmes et où il passait dans « c’est mon choix » à deux reprises au plus grand bonheur des amateurs de clash télévisuel, à la manière d’un Eric Zemmour une quinzaine d'années plus tard. 


C’est donc à cette époque où ce brave individu réussit à faire financer un projet de film adapté de son ouvrage « Sociologie du dragueur » de 1996 et d’une sorte de reportage à sa gloire de la même époque dans lequel celui-ci revendiquait « plus de 700 conquêtes en deux ans » (ce qui selon la fameuse règle de trois signifie qu’on doit être entre 200 et 250 ce qui est déjà pas mal). 


Ce qui peut faire peur au premier abord est que nous avons affaire au premier et unique film d’un écrivain essayiste politique controversé, un peu façon BHL (sauf que lui a récidivé). Le pire étant que Alain Soral lui même, qui pourtant répète régulièrement que ses écrits sont des œuvres majeures et qu’il est le seul auteur important du début de XXIème siècle, dit lui-même que le film est un peu raté. Il y a donc de quoi avoir peur.


Lorsqu’on lance le film on remarque très vite que c’est un film d’auteur. Le film raconte l'histoire d’un jeune garçon timide et peu charismatique interprété par Thomas Dutronc qui va rencontrer un homme nettement plus charismatique et dragueur professionnel interprété par Saïd Taghmaoui et qui va apprendre la discipline de la drague au premier. On constate que le personnage de Taghmaoui est une sorte de représentation de Soral (plus ou moins idéalisé) et qu’à ce titre il va enseigner les techniques du maître chauve (s’attaquer aux filles qui font semblant de lire au jardin du Luxembourg, ironiser sur la situation, etc).


Le problème principal du film est probablement là, il n'y a pas vraiment d’intrigue mais plus une succession de saynètes entrecoupés de plans de discussion des deux protagonistes dans le métro parisien, il y a un peu un aspect « fait à la va-vite » qui ressort. Comme si on avait cherché à adapter en fiction un matériel pas vraiment adapté de base et sans faire un effort minimum pour que ça donne quelque chose d’intéressant. Nous avons ainsi droit à un scénario pas vraiment cinématographique, sans progression réelle et une mise en scène plate et sans ambition mais qui fait le boulot. Soral l’a plusieurs fois dit qu’il ne considérait pas le cinéma comme un art majeur et effectivement, il n'utilise pas le médium cinématographique pour ce qu’il a à apporter (expliquant possiblement le fait que ce soit son unique réalisation à ce jour). 


Néanmoins les comédiens sont plutôt convaincants dans leurs personnages très caricaturaux mais qui fonctionnent. On a ainsi droit à de la misogynie assez drôle vraiment propre à l’auteur et je l’admets, ça me suffit pour ne pas m’ennuyer.


En définitive je dirais que le film se regarde sans déplaisir, ce n’est pas le nanar que certains disent mais c’est clairement une œuvre oubliable, une curiosité sympathique sans plus, un moment pas désagréable et c’est déjà pas si mal, mais autant revoir les passages télé de Soral si ce qu’on cherche n’est qu’une franche rigolade. 

Cingeek
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le 15 févr. 2026

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Liam Bogaert

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