La presse est bien sévère avec ce film, personnellement j'ai beaucoup aimé cette nouvelle variation construite autour des ressorts dramatiques qu'offrent les récits de confinement, et à mes yeux elle n'a - contrairement à ce que j'ai pu lire - rien de "téléphoné".
Au contraire j'ai apprécié la manière dont les fils narratifs avaient été tissés à partir de cette situation extrêmement contrainte.
On peut questionner la vraisemblance de certaines coïncidences, mais comme notre quotidien (en Turquie et ailleurs dans le monde) n'est pas avare en situations grotesques où l'on voit des figures de pouvoir biberonner les mamelles les plus obscènes, je ne vois pas pourquoi les scénaristes devraient détourner les yeux et ne pas s'en inspirer.
Surtout le film propose un remarquable portrait de femme, au sens propre (le visage de Saadet Isil Aksoy est ciselé par la lumière, et la caméra), comme au sens figuré (ses expressions traduisent les troubles qui naissent d'une situation de plus en plus tendue et désespérée, mais où pointe aussi sa détermination, le combat pour préserver sa dignité et par-delà celle de toutes les femmes).
Enfin il faut souligner l'extraordinaire façon de matérialiser les hommes à l'autre bout du fil, leurs visages absents se singularisent dans l'intimité de leur timbre de voix ou de leur élocution, de leur discours, voire de leurs silences. Le visage de l'actrice présentant en définitive leur reflet le plus fidèle. La scène de fin est à ce titre d'une grande force et concision.