Bon, aujourd’hui on s’attaque à la franchise Conjuring. Et plus précisément au deuxième volet de la saga, sorti en 2016. L’un des plus appréciés de cette suite parce que prisé des amateurs d’horreur, en recherche d’un récit paranormal déroutant.

Dans ce film, on part à la rencontre d’une famille ayant tout juste emménagé à Enfield, dans la banlieue nord de Londres. Très vite, ils vont vivre des phénomènes paranormaux plus que perturbants, et vont donc demander de l’aide à l’Église. Et qui dit affaire paranormale médiatisée, dit forcément couple Warren, qui décide de se ramener (on légitime d’ailleurs leur présence dans le scénario en faisant appel à eux). C’est alors qu’ils vont se rendre compte de l’ampleur des phénomènes, et vont ainsi essayer de combattre les entités diaboliques…


La rétine


Assez vite, on est en immersion dans le métrage. Sans perdre de temps, on est plongés dans une séance de spiritisme au sein de la maison « maudite » d’Amityville avec le couple Warren, parce que pourquoi pas ? (Et qu’au cinéma américain, on manque jamais une occasion de ramener ce mythe). L’horreur s’installe peu à peu, et les idées de mise en scène aussi.

Avec par exemple Lorraine qui revit le massacre selon la perspective de l’assaillant. Un miroir vient même nous illustrer plutôt habilement ce doppelganger. Autre idée que l’on remarque assez vite, les plans séquences. Ici, ils nous permettent de suivre l’action, à travers des mouvements de caméras fluides, en évitant les coupes, qui saccaderaient le mouvement, et perturberait cette plongée au sein de la terreur. On va retrouver ce procédé plusieurs fois au cours de l’oeuvre, qui n’hésite pas à laisser la caméra tourner. Y compris sur des plans de coupe censés permettre au spectateur de situer l’action. Par exemple, lorsque la caméra filme l’extérieur de la maison, elle va y pénétrer lentement à travers la fenêtre. Plutôt que de couper pour retrouver un autre plan directement dans le décor. C’est ici un effet technique assez remarquable, qui allie avec maîtrise caméra et effets visuels. La photographie est également un élément remarquable, qui permet au film de renforcer son esthétique et son atmosphère. L’image tend vers l’obscurité, notamment dans les tons bleutés, qui viennent parfois contraster avec la lumière jaune et chaude provenant des réverbères de la rue. Les scènes de nuit sont ainsi maitrisées visuellement, même si scénaristiquement, c’est autre chose…


La redondance


En effet, il est courant que l’on attende la nuit pour que l’action batte son plein dans les films d’horreur. C’est également le cas dans un autre film de la saga, Annabelle : Création, sorti un an plus tard et qui aura recours à la même mécanique. Elle permet de légitimer l’obscurité régnante, et d’instaurer une angoisse qui rend tout phénomène inquiétant. Si bien qu’on en vient parfois à redouter la nuit dans certains films d’horreur. Mais à force, ce processus peut devenir redondant et se perdre dans une boucle scénaristique, qui n’a pour seul effet que de lasser, tant il tombe dans la facilité et la répétition. Mais Conjuring 2 ne fut pas le premier à faire cette erreur, que l’on peut également retrouver dans les meilleurs films du genre. Comme Sinister, qui est pour moi un manifeste de l’épouvante des années 2010. Le film, dans sa deuxième moitié, perd peu à peu ce qu’il a entrepris dans le premier acte, en s’égarant dans cette même structure, qui finit par laisser un goût amer d’inachevé. Pour en revenir à Conjuring 2, il expose également des éléments superflus, avec des scènes où, s’il ne se passe pas rien - sans doute à un moment où la surrutilisation du jumpscare était au centre des débats - le film essaie de vous transporter dans une paranoïa qui ne vous prend jamais. Vous voyez juste la panique à l’écran, sans jamais la ressentir. Comme une blague dans laquelle vous ne seriez pas inclus. Le film et son réalisateur paraissent amputés de leur poule aux oeufs d’or : le jumpscare. Cette mécanique prisée du cinéma d’horreur des années 2000, et qui vous permettait de vous assurer de faire sursauter l’audience. Ne sachant faire autrement, le film ne propose rien et est puni de son seul moyen de vous faire un temps soi peu ressentir une frayeur. Tout se déroule donc dans un plat livide, qui, lui, devient en revanche presque effrayant. On finit ainsi par se balader dans le film qui, à défaut d’effrayer, essaie au moins de nous faire nous attacher aux personnages. Il en vient même à dépeindre une image héroïque et profondément altruiste des Warren, à des années lumières de leur véritable nature. À nouveau, on n’y croit pas, et une reprise d’Elvis n’y changera rien. Car le peu d’espoir que le film nous fasse ressentir quoi que ce soit est déjà parti il y a longtemps. Et c’est sans compter sur le dénouement, un indigeste happy ending, évidemment dans le but d’envisager une suite, et de toujours maximiser les profits.


L’incohérence


Selon moi, tout cela revient à une seule chose, le fait d’aborder le paranormal dans un cadre qui se veut réaliste. Et c’est un problème assez flagrant dans la filmographie de James Wan, et surtout les Conjuring. Raconter des poltergeists, montrer des possessions démoniaques, sans pouvoir s’empêcher de nous crier au visage que C’EST INSPIRÉ DE FAITS RÉELS HEIN. Pour comprendre l’origine de ce phénomène, il faut remonter en 1999, avec la sortie de The Blair Witch Project. Un film found footage au mini budget qui va pourtant rencontrer un immense succès, et redéfinir les codes du cinéma d’horreur. L’effroi ne vient pas d’une menace définie et identifiée, comme dans les John Carpenter par exemple. Elle vient d’une entité qui plane sur le film, et le hante. Le tout, dans un cadre d’enquête amateur. Sans jamais nous la montrer, le film nous fait redouter cette sorcière plus que n’importe quelle autre créature. Et le mystère se creuse encore davantage quand, à la sortie du film, des affiches « MISSING » des protagonistes du film seront dispersées aux quatre coins des États Unis.

Un coup de comm’ de génie qui inscrira encore un peu plus l’oeuvre dans la légende. Depuis, la technique du « inspiré de faits réels » est un classique. Mais ici, James Wan se l’approprie dans un film qui n’est pas un found footage. Et ça pourrait ne pas être un problème, jusqu’à se qu’on se rende compte que le cas Enfeild a été remanié de toute pièce par les scénaristes. Le film s’impose des contraintes dont il s’affranchit, ce qui relève d’une incohérence ahurissante. Ce cas est uniquement traité car il est désigné comme « le plus documenté de l’histoire », et aussi parce qu’on peut le lier avec les Warren (de sombres impostures qui ont eux aussi instrumentalisés le cas pour en tirer de l’argent, la boucle…).


En conclusion, si le film parvient à « surprendre » dans sa technique, à travers une photographie et une réalisation soignée, manquant certes un peu de personnalité, mais réussissant tout de même à développer une esthétique, ce qui est rare pour les grosses productions horrifiques. Il laisse en revanche largement à désirer sur le côté émotion. Et c’est (malheureusement pour ce film) ce que le spectateur va avoir tendance à retenir le plus, et ce qui va faire qu’il l’aime ou non. Tout du long, on se sent délaissés par un film qui semble avoir arrêté d’essayer, avant même d’avoir réussi à échouer. Le métrage tente ainsi de déployer son maigre arsenal et s’égare en s’improvisant « tire larme » ou même épique, dans un final aux allures héroïques. À défaut de pouvoir faire ressentir, il veut impressionner, nous en mettre plein la rétine. Mais là encore, il ne laisse qu’un sentiment d’inachevé. Conjuring 2 est un vilain garnement capricieux qui ne sait pas ce qu’il veut, et qui ne prend même pas la peine de choisir. C’est finalement bien penaud qu’il va s’assoir rejoindre ses camarades dans la section des long métrages d’horreur oubliables.

jackassboy
4
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le 29 juil. 2025

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