Connemara
5.5
Connemara

Film de Alex Lutz (2025)

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Alex Lutz avait dès la lecture de Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu le désir d’adapter cette œuvre au cinéma. Les droits étant déjà cédés (et ayant donné lieu au film des frères Boukherma sorti en décembre dernier), il a dû attendre la sortie de son livre suivant, Connemara, qui aborde les mêmes thématiques sur le déterminisme géographique et social. Dans ce nouveau roman, Nicolas Mathieu s’intéresse davantage à la génération des adultes, à la faveur d’un retour dans la région natale, le pari de la capitale ayant tourné au fiasco après une crise existentielle.


Présenté dans la section Cannes Première au dernier Festival de Cannes, le film s’est révélé une sorte de frère jumeau du film d’ouverture, Partir un jour d’Amélie Bonnin, qui non seulement abordait la même thématique du retour de la femme dans sa terre d’origine, mais partage en outre son comédien principal Bastien Bouillon, incarnation du coup de cœur du lycée avec lequel on pourrait envisager de reprendre les choses là où elles avaient été laissées. Mais en adaptant Mathieu, Lutz délaisse les élans de la comédie musicale pour une partition plus mesurée, où le lyrisme devra composer avec une gravité plus marquée. En resserrant les plus de 500 pages du roman en 1h50, le cinéaste opère des choix et contracte les enjeux autour du couple. Si un récit alterné permet un double portrait des anciens camarades voués à se retrouver, le personnage féminin, incarné par Mélanie Thierry, prend néanmoins davantage de place : c’est sa crise qui déclenche le déplacement géographique, et sa redécouverte d’un territoire laissé loin derrière qui nourrit la dynamique du récit.


Connemara pourrait, du moins dans sa première partie, se présenter comme le récit d’une possible renaissance. La reconstruction d’Hélène, sur les cendres de ses illusions parisiennes, consiste à redonner du sens à ce à quoi elle s’était arrachée pour correspondre à la trajectoire sociale attendue. À l’idéalisation professionnelle succède un retour de l’intime, du terrain familier, incarné par la trajectoire de Christophe, père divorcé relevant ses propres défis, entre la garde de son fils, la santé déclinante de son père et son désir de renouer avec sa gloire passée de joueur de hockey. Sans l’idéalisation propre à la comédie romantique, le film dépeint discrètement le poids des charges mentales de deux personnages qui ne demandent qu’à se délester au contact de l’autre. C’est sur ce terrain qu’Alex Lutz expérimente davantage par une mise en scène sensitive, qui fait la part belle aux corps, dans une approche qui pourrait mettre de côté, au moins un temps, le cadre social du mariage ou du milieu professionnel. Le montage fragmentaire superpose les pistes sonores, les séquences se chevauchent, les souvenirs parcellaires surgissent, la linéarité se brouille. Au point d’en faire trop, et d’ajouter aux enjeux du récit un surlangage un peu précieux qui ne semble avoir pour utilité que son exhibition.


La contraction romanesque mêle ainsi les époques et les portraits, et au fil de souvenirs, dessine une cartographie plus complexe expliquant le départ de l’une et la sédentarité de l’autre. Alex Lutz ne mélange pas seulement les classes sociales : il joue aussi des sensibilités, accordant une dureté masculine à Hélène, et une forme de féminité à Christophe. En découle une parenthèse sensible, rendue possible par la mise à mal des certitudes : entre les métamorphoses du temps et l’inertie des appartenances, cette passion construit une utopie aussi salvatrice que fragile.

Sergent_Pepper
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le 12 sept. 2025

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