Déjà, porté le son à l'écran est une performance assez incroyable. Mais au-delà de ça, on a le portrait d'un homme seul et tourmenté dans une Amérique en proie au questionnement et au doute.
Le personnage principal est quelqu'un de tellement discret que même ses intimes ne savent rien (ou presque) sur lui. Mais c'est un pro dans le domaine qu'il occupe: l'espionnage sonore. Il capte, mais n'écoute pas. Et quand il se penche sur ses enregistrements, chaque réécoute lui apporte une signification différente. Mais, on se rend compte que les silences sont au moins aussi importants que les sons.
Dans cette Amérique paranoïaque, Coppola livre un film provocateur sur la manipulation, triste et cynique.
Ce film parle d'un paranoïaque, et non de la paranoïa. Et tout ceci fait la différence. On peut raisonnablement se demander si certaines choses que l'on voit existent où sont du fait de la pensée malade du personnage (surtout à la fin, avec ces coups de téléphone, dont on peut douter qu'ils existent ailleurs que dans la tête de Harry. mais on peut également se questionner sur l'existence du personnage joué par Harrison Ford).
Coppola livre un film à l'épure parfaite, dans une période où il a livré des films d'emphase (Les Parrains, Apocalypse Now...). Il montre qu'il est un immense cinéaste, et s'amuse à tirer une révérence sur les grands anciens avec beaucoup de subtilité (notamment Hitchcock, avec un scénario digne de ce dernier, mais avec de vraies références (la scène du rêve, la scène de la douche)).
Film aux entrées multiples (le mime au début renvoie inévitablement à Blow Up), Conversation Secrète demeure un des films les plus sous estimés de ce réalisateur, malgré sa Palme d'Or.