Outre l’impact qu’il a eu à sa sortie – en pleine explosion du scandale du Watergate –, Conversation Secrète est un thriller d’espionnage de haute tenue. Car malgré sa sobriété apparente, le film fait preuve d’une maîtrise implacable. Ne serait-ce que par sa mise en scène, qui parvient à retranscrire le voyeurisme et la paranoïa de son personnage principal. Rien que pour sa séquence d’introduction, Francis Ford Coppola joue habilement avec le son et les placements de caméra pour faire du spectateur un complice, également à l’écoute et à l’affût de ce qu’il observe. Cela, Conversation Secrète s’amuse constamment, jusqu’à son plan final, filmé comme si nous avions affaire à une caméra de surveillance. Mais hormis cette notion d’espionnage, le récit est avant toute chose celui d’un homme seul. D’un détective privé écrasé par la solitude – ce que nous fait également ressentir la mise en scène, par certains silences ou comment se situe le personnage dans les décors – qui va voir sa vie chambouler lorsqu’il verra ses responsabilités et son éthique prendre le dessus. Magnifiquement interprété par Gene Hackman, ce protagoniste est la figure de proue d’un récit captivant et prenant de bout en bout. Qui parvient à surprendre lors de son dénouement, prouvant que toute interprétation dépend du point de vue avec lequel nous l’abordons. Si je note un ventre mou en matière de rythme, Conversation Secrète mérite amplement son statut d’œuvre culte et référentielle, d’une richesse technique et narrative frôlant la perfection.