Sorti en 1974 et réalisé par Francis Ford Coppola, Conversation Secrète est certes un film d'espionnage, mais c'est aussi et surtout un thriller psychologique. C'est une étude psychologique d'un personnage qui sombre peu à peu dans la paranoïa. Coïncidence ou pas, le film sort 1974, en plein milieu du scandale des écoutes du Watergate sous la présidence Nixon. Le film colle évidemment avec l'actualité de l'époque, qui voit de nouvelles technologies d'espionnage émerger. Et puis, après avoir vu Conversation Secrète, comment ne pas penser à Fenêtre sur Cours (1954) d'Alfred Hitchcock et à Blow Up (1966) de Michelangelo Antonioni aussi ? Et ne parlons même pas du Blow Out (1981) de Brian De Palma qui semble s'être grandement inspiré du film d'Antonioni, mais aussi de celui de Coppola. Comme ses ainés, le film s'intéresse au voyeurisme et questionne les libertés individuelles.

Harry Caul (Gene Hackman) est un détective privé, spécialiste de la filature et amateur de saxophone (détail qui aura de l'importance plus tard). Il nous apparait tout de suite comme un personnage froid, solitaire et limite dépressif. En fait, il n'est pas totalement seul, puisqu'il a un coéquipier Stan (John Cazale) et une maitresse Amy (Teri Garr) qu'il loge à ses propres frais. Son métier, c'est de placer des gens sur écoute pour percer leurs secrets, d'où le titre du film Conversation secrète. Sa dernière mission, commandité par un haut dirigeant qui se tient secret, consiste à mettre sur écoute un couple bien ordinaire au premier abord. Les bribes de conversation qu'il arrive à isoler, lui montent à la tête, au point où il en devient complètement parano. Il perçoit une menace envers le couple, qui semble se sentir en danger. Il est assailli par des sentiments de culpabilité et de remords, pressentant que ses écoutes pourrait mettre en danger le jeune couple.

Dés le début du film, la caméra nous place en tant que spectateur/voyeur. On suit Harry Caul, qui à son tour espionne le couple. A partir de là, on va assister à la descente en enfer de cet homme qui sombre peu à peu dans la paranoïa, à la lisière de la folie. On est plongé dans la solitude d'un homme qui ne sait plus qui il est et pourquoi il fait tout ça. Gene Hackman est au centre du scénario, présent sur chaque plan du film et sa prestation est remarquable. C'est un rôle inhabituel pour Gene Hackman, qui est tout le temps dans le sous-jeu, qui ne parle pas ou peu. Il joue est un parfait anti-héros, asocial, mal fringué et pas spécialement attirant.

Harry Caul se semble rien maitriser, il se fait éconduire par sa maitresse et se fait manipuler deux fois, par la prostituée (Elizabeth MacRae) et par son concurrent (Allen Garfield). Quant au client qui a commandé les écoutes, il ne le verra jamais ou presque jamais, puisque Robert Duvall qui l'interprète ne fait qu'une brève apparition sur la fin. Le client se fait donc représenter par un intermédiaire interprété par Harrison Ford (l'un de ses premiers rôles majeurs au cinéma) qui va lui aussi le manipuler jusqu'à la fin ...

Au final, Harry Caul se rend compte qu'il a mal interprété la conversation du couple : "He'd kill us if he got the chance". Le couple ne dit pas "il nous tuerait s'il en avait l'occasion", mais il pense plutôt prendre les devant et tuer l'homme qui est le mari de la femme du couple. C'est une bête histoire de tromperie dans le couple, avec l'amant qui veut se débarrasser du mari. Harry Caul s'est fait manipulé jusqu'au bout et comprend qu'il est à son tour mis sur écoute. Il pète un plomb et détruit tout son appartenant pour retrouver le mouchard, y compris la statu de Marie (il perd même la foi). Le seul objet qu'il refuse de casser, c'est son précieux saxophone. C'est la seule chose qu'il maitrise encore, le son qui sort de son saxophone. Et pourtant, Il est fort à parier que le mouchard est dedans, mais on ne le saura jamais ... FIN !

Conversation secrète n'est pas le film le plus connu dans la carrière de Francis Ford Coppola et on préfère généralement citer la trilogie du Parrain, Apocalypse Now ou Dracula. Et pourtant, c'est du très bon Coppola, qui mériterait d'être (re)découvert et d'être plus reconnu. Certes, il a obtenu sa première palme d'or grâce à ce film, mais elle sera vite éclipsée par sa deuxième palme (Apocalypse Now en 1979) et c'est fort dommage. Et si le rythme est parfois très lent, c'est pour mieux servir le propos du film. Bref, Conversation secrète n'est peut-être pas du niveau d'un Apocalypse Now, mais ça reste un brillant exercice de style.

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le 18 août 2025

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lessthantod

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