Cop
6.3
Cop

Film de James B. Harris (1988)

Du roman "Lune sanglante", l'un des polars les plus troubles de James Ellroy, et le premier qui a révélé ce romancier torturé, James B. Harris n'a gardé que l'essentiel, prouvant qu'adapter Ellroy était une vraie gageure, car en effet, certains fans l'ont accusé de l'avoir trop édulcoré. On peut penser ça devant le classicisme de l'intrigue qui a été conservée, en ignorant tout un background baroque, tout en violence trouble qui nourrissait le personnage de Lloyd Hopkins, le flic incarné par James Woods.
Le portrait a lui aussi été radouci si on peut dire, sans doute pour attirer un maximum de public qui aurait fait la gueule devant tant de déviances et de perversion. Malgré ça, ce qu'il reste de Hopkins n'est pas si mauvais : c'est un flic pas bien dans sa tête, un peu fêlé, vaguement obsédé sexuel, très ambigu et qui use de son pouvoir de justicier absolu avec un plaisir évident. Il joue une sorte de jeu du chat et de la souris avec un tueur psychopathe, et il est presque lui-même un psychopathe, la frontière est mince, on est très proche du flic incarné par Clint Eastwood dans la Corde raide mais en plus perturbé. A ce titre, le dénouement est brutal, sec, terrible et renvoie dos à dos le flic et l'assassin, on se demande qui est le plus psychopathe des deux.
Cop piétine sauvagement le rêve américain et malmène la loi et l'ordre, des valeurs en lesquelles croient fermement les Américains, aussi, la description d'une ville à l'atmosphère glauque et menaçante, et d'un univers angoissant où règnent le sexe et le sang, avec une violence tapie dans l'ombre, est très surprenante mais c'est finalement une réussite. La caméra prend son temps, elle s'insinue avec une sorte de délectation dans des lieux où des meurtres horribles ont été commis, installant un certain suspense, le réalisateur réussit un de ces néo-polars noirs, et même très très noir, à la limite du cinéma d'auteur, ce que détestaient les major companies à l'époque.
En plus, il n'est pas étonnant de voir James Woods incarner ce flic instable, à la fois inquiétant et fascinant, c'est un rôle qui lui va comme un gant car Woods était à cette époque une ambiguïté ambulante, Cop est l'un des 3 ou 4 films qui ont assis sa réputation dans les années 80 avec Il était une fois en Amérique, Pacte avec un tueur et Videodrome, il y est donc sensationnel et phagocyte l'écran avec sa belle gueule de ravagé, bien entouré par Charles Durning, Lesley Ann Warren et Charles Haid. Un polar crépusculaire, tendu et sauvage qui ravira les amateurs.

Créée

le 11 juin 2020

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Ugly

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