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le 13 août 2016
SuivreGrabuge à Flicville
Pour son second film, James Mangold fait preuve d'une maturité et d'un savoir-faire exceptionnels. A partir d'un scénario foisonnant sur la corruption policière, Copland est un film d'atmosphère en...
Avec Copland, James Mangold signe un drame policier nuancé, à mille lieues des blockbusters tapageurs des années 1990. Porté par un Sylvester Stallone méconnaissable et une distribution magistrale, le film s’érige en tragédie morale sur fond de corruption, d’abdication et de rédemption. Loin des standards musclés auxquels l’acteur nous avait habitués, Copland explore les zones grises de la loi, dans un huis clos provincial étouffant où le silence tue plus sûrement que les balles.
À Garrison, petite ville fictive du New Jersey servant de havre aux policiers new-yorkais en mal de quiétude, le shérif Freddy Heflin (Stallone) mène une existence morne, déconnectée des enjeux réels de son propre territoire. Handicapé par une surdité partielle et rongé par une estime de soi en lambeaux, il observe sans mot dire l’ascendant des flics de la ville, incarnés par un Harvey Keitel glaçant de suffisance et un Ray Liotta rongé par ses démons. Tout bascule lorsqu’un jeune policier, accusé à tort, disparaît. Ce fait divers agit tel un révélateur : derrière les façades proprette de Garrison, c’est tout un système de collusions, de compromissions et de silences complices qui menace d’éclater.
La grande force de Copland réside dans sa volonté de prendre le contrepied des attentes. Mangold ne filme pas un thriller haletant, mais une descente introspective, presque bergmanienne, au cœur d’un homme brisé. Stallone y trouve l’un des rôles les plus subtils et les plus puissants de sa carrière. Son jeu, d’une retenue bouleversante, confère au personnage une humanité fragile et profondément émouvante. Loin de la testostérone ostentatoire des Rocky et Rambo, il incarne ici un homme en marge, lentement réveillé par l’impératif moral de se dresser, enfin.
La mise en scène se fait économe, presque austère, refusant les effets faciles pour mieux privilégier la tension latente, l’oppression diffuse. La ville elle-même devient personnage, filmée avec une froideur clinique qui évoque le cinéma de Lumet ou celui de Friedkin. Chaque rue, chaque maison semble imprégnée d’une morale corrompue, d’une loi détournée par ceux censés l’appliquer.
Autour de Stallone, un casting quatre étoiles – Robert De Niro en inspecteur des affaires internes, Cathy Moriarty, Annabella Sciorra – confère à l’ensemble une densité dramatique saisissante. Les confrontations, souvent verbales, sont tendues à l’extrême, les non-dits aussi lourds que les aveux. Le scénario, intelligemment structuré, privilégie les ruptures de ton, les nuances psychologiques, les dilemmes éthiques plutôt que les rebondissements spectaculaires.
Copland interroge la responsabilité individuelle face à un système vérolé. Peut-on se taire indéfiniment sans devenir complice ? Où commence la lâcheté, où s’arrête l’obéissance ? En offrant à son héros la possibilité du sursaut – tardif, incertain, mais sincère – le film évite le cynisme sans sombrer dans la rédemption hollywoodienne. Il choisit l’ambiguïté, la tension morale, l’humanité imparfaite.
En définitive, Copland est une œuvre d’une grande maturité, injustement reléguée dans les marges du cinéma américain des années 1990. Mangold y déploie une écriture cinématographique fine et sobre, servie par un Stallone à contre-emploi, bouleversant de dignité silencieuse. Un film grave et lucide, qui résonne comme un écho amer à une Amérique gangrenée par ses propres gardiens.
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Créée
le 31 juil. 2025
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