« En bombe ! En bombe ! Du plus haut des rochers
Ils se font cajoleurs, ils se font enjôleurs
Et pour apaiser leurs émois, se jettent à l’eau tous les quarts d’heure. »
Massilia Sound System
Qu’il est bon de retrouver le soleil cuisant de la cité phocéenne en pleine vague de froid hivernale !
Dominique Cabrera pose sa caméra sur l’un des plus beaux boulevards de France : la Corniche Kennedy ! Considéré par ses habitants comme le plus long banc du monde qui s’étend des Catalans jusque sur les plages du Prado, c’est un décor idyllique pour l’exposition d’un récit.
Malheureusement, en sortant de la salle, ce coup de chaud finit par donner un mal de tête, une quinte de toux, voire la grippe…
Marco et Mehdi entourés de leurs amis, forment une bande de minots des quartiers défavorisés de la ville. Ils s’amusent et se défient à plonger des rochers qui s’élèvent à plusieurs mètres au-dessus de la mer Méditerranée. Sur les hauteurs de l’Anse de la Fausse Monnaie, la jeune lycéenne Suzanne les épie de la terrasse de sa luxueuse villa. A quelques jours de son bac, elle se met en quête de sensations fortes et intègre ce groupe à l’opposé de son milieu social.
Dès l’instant de la rencontre entre les protagonistes, on ressent comme une gêne. En effet, la différence provoque un rendu inégal. Cela s’explique par le fait que Kamel Kadri et Alain Demaria – Marco et Mehdi – ne sont pas des acteurs professionnels contrairement à Lola Creton dans le rôle de Suzanne. Lors des repérages, la démarche très honorable de la réalisatrice a été de caster ces jeunes sauteurs pour le film, afin d’apporter du réalisme. Quand bien même la force du film tient dans cette ardeur et cette authenticité avec lesquelles les répliques sont données, celles-ci sonnent fausses. Les changements radicaux de ton dans l’intonation d’une même phrase, ainsi que les attitudes et postures en décalage avec le jeu, en sont les raisons. On peut d’autant plus le remarquer dans les scènes qui impliquent uniquement les deux acteurs amateurs.
Accompagnée à sauter par les deux cadors, Suzanne va s’immiscer dans leur amitié pour former un triangle amoureux. Alors que les personnages sont empreints à défier la gravité, Marco se retrouve au centre d’une enquête policière menée sur un caïd local dont il est son homme de main.
Si la réalisation apporte une dimension vive et colorée à son décor, elle n’est pas aboutie pour autant dans le développement de son histoire, la faute à un scénario qui se met à dessiner des cercles dans l’eau. On ne saisit pas les enjeux des personnages car ceux-ci ne sont pas assez décrits, à l’exception faite de Mehdi dont on apprendra tardivement son passé tumultueux.
Quant à l’investigation menée par la brigade des Stups, elle reste formatée dans un modèle déjà vu et revu. Les rebondissements ne surprennent pas, l’action quasi inexistante en devient presque risible dans son dénouement. Cet arc narratif n’est finalement qu’un prétexte à déstabiliser le trio plus qu’à apprécier une réelle intrigue. Aïssa Maïga interprétant la commissaire est la première impactée par ce scénario fouillis.
Le soubresaut provient de la bande sonore plutôt réussie : un fond de ragga et quelques trompettes jazzy se mêlent au rap nerveux de Kamel Kadri. Ce mélange évoque avec raison, la diversité culturelle offerte par Marseille.
Adapté du livre de Maylis de Kerangal, on penchera davantage pour l’autre adaptation cinéma de l’auteure, Réparer les vivants de Katell Quillévéré. Le sujet est tout autre, mais ce drame fait naître des émotions bien plus fortes.
Verdict
Dominique Cabrera a basé sa carrière sur la réalisation de documentaires qui portent un regard intéressant sur la société. On la préférera dans ce registre.