Un monde extérieur qui ne semble accessible que par la rêverie, le songe, et un univers domestique éteint. Les images mentales, qui sont suggérées pour certaines par un ralenti irréel qui précède, sont toutes parasitées par l'inévitable atmosphère sonore du "Corridor", le couloir de l'immeuble. Visiblement, comme dans la série du Prisonnier, on y échappe pas ! Les résidents sont réduits à la neurasthénie, car même la fête entre voisins semble fictive et fantasmée (son déroulement est discontinu et nié par un retour ponctuel à la morne réalité, un nain aux doigts de sorcier tourne autour de la table censée avoir offert ivresse et allégresse, la même salle des festivités est tantôt aperçue vacante et ordonnée ou nimbée d'un irréel brouillard...). Un monde qui n'offre aucune possibilité et se réduit à l'absurde: un garçon bousculé à répétition dans une flaque jusqu'à épuisement, un petit oiseau déglingué à bout portant sans raison, un canon de fusil dont on détourne de justesse l'usage mortifère, l'abrutissement par l'alcool pour oublier une nature réduite à rien dans cette cité asphyxiée.
Sans la lourde complaisance et le formalisme appuyé d'un Bela Tarr, d'un style plus "inné" (je comprends le coup de coeur de Les Carax !), mais tout aussi désespéré. Un peu trop radical à mon goût dans la veine minimaliste.
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