Une apnée prolongée, puis un évanouissement simulé : les premières scènes de Corsage, faux biopic dans la lignée des Jackie et Spencer de Pablo Larraín, ramènent au forceps la figure théorique et universelle de l’impératrice Élisabeth – Sissi, pour les intimes – à une expérience corporelle totale, dans laquelle la chair, ses jouissances et surtout ses souffrances, deviennent métonymiques de la fin annoncée du pouvoir dynastique des Habsbourg et de leur monopole monarchique sur la vieille Europe. Privée du droit de disposer d’elle-même, Elisabeth - incarnée par une vibrante Vicky Krieps - procède à la conquête de son propre corps, lui faisant subir une série d’outrages et de sacrilèges, signaux d’une décadence autant physique que politique : les muscles s’atrophient, la chevelure est coupée, les veines malades se remplissent d’héroïne. Une scène en particulier parachève la belle relecture historique de Marie Kreutzer, lorsque sous les yeux du peuple, une servante se substitue au corps impérial, ramené à l’état de pur fétiche, de mystique sans visage – un corps social peut en cacher un autre.