Premier long-métrage de Suzannah Mirghani, Cotton Queen prolonge le geste amorcé avec son court-métrage Al-Sit. Elle redonne un visage et une voix au peuple soudanais, à peine sorti d’une révolution et déjà plongé dans une guerre civile. Un film tourné en exil, mais qui refuse de l’être dans son élan.


"Le territoire de Cotton Queen est déchiré entre tradition et modernité, c’est même l’intention thématique centrale du film. Ce déchirement passe par le regard presque obsessionnel que porte la matriarche du village sur le passé colonial, elle qui gère aujourd’hui les récoltes de coton comme on garde un trésor de guerre. Mais pour certains personnages, ce coton représente davantage un fardeau ; pour d’autres, un héritage qu’il faut entretenir à tout prix. Mais le film esquisse une troisième voie, plus insidieuse, celle qu’incarne Bilal, riche homme d’affaires qui agit à la manière d’un colon contemporain. Sous couvert de modernisation, il vient empoisonner les terres soudanaises avec des graines génétiquement modifiées, afin de rendre les travailleuses dépendantes d’une industrie qu’elles ne contrôlent plus. Une observation qui dépasse largement le seul village du film, et qui s’applique à l’agriculture dans son ensemble, pas uniquement aux endroits reculés d’Afrique de l’Est. Au milieu de tout cela, Al-Sit tient les choses en main avec une pointe de sévérité presque despotique, et une tendresse trop rare envers sa petite-fille Nafisa. Cette adolescente est désormais en âge de comprendre l’héritage familial qu’on lui prépare, mais c’est aussi une fille qui s’éveille au désir, amoureux comme émancipateur."


"Le film, bien qu’il suive avant tout la trajectoire de l’adolescente, prend toujours le temps de faire exister les autres personnages, pour bien rendre compte du dilemme moral qui se noue autour d’elle. Car Nafisa ne rêve que de prendre le large avec son amoureux, à contre-courant des champs de coton. Une façon de rompre, enfin, avec la malédiction d’être une marchandise — son corps faisant sans cesse l’objet de débats entre adultes qui décident pour elle."


"Cotton Queen invite ainsi au débat, et le fait avec une certaine grâce dans sa narration, même s’il ne réinvente rien de bien singulier. La mise en scène est signifiante et appliquée, mais avec une force émotionnelle qui restera sans doute circonscrite à un public déjà sensible à ce type de récit. La photographie, elle, capture des couleurs de terre usées comme les valeurs du patriarcat et du matérialisme colonial qui ont survécu aux générations suivantes. C’est un film bien emballé, bien raconté, sans doute pas assez surprenant pour s’imposer durablement dans les mémoires — mais qui reste, sans hésitation, un bon morceau sur la résilience et l’émancipation des femmes soudanaises."


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le 16 août 2026

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