Attendre des décennies pour découvrir une œuvre culte et se retrouver face à un tel vide est une expérience cinématographique douloureuse. Pour un amateur de film noir et un admirateur inconditionnel de Jean-Pierre Marielle, le visionnage de ce film de Bertrand Tavernier s'apparente à une véritable douche froide.
Le plus frustrant réside sans doute dans le gâchis de talent. On a là une distribution de rêve, mais les acteurs ne donnent jamais leur pleine mesure. On les sent bridés, presque éteints. Le cas le plus flagrant est celui de Jean-Pierre Marielle : il est terriblement décevant. Lui que l'on connaît pour sa verve, son panache et sa présence magnétique semble ici errer dans le cadre sans jamais trouver le ton juste. C'est un crève-cœur de voir un tel géant sous-exploité dans un rôle qui ne lui permet jamais de briller.
Le récit, pourtant adapté de Jim Thompson, souffre d'un scénario très en longueur. Tavernier s'enlise dans des scènes qui s'étirent inutilement, où il ne se passe finalement rien. Là où le film noir devrait être synonyme de tension et de nervosité, on se retrouve face à un rythme léthargique. On s'ennuie ferme devant cette succession de séquences sans relief qui ne parviennent jamais à décoller ou à justifier les deux heures de film.
Techniquement, le film est loin d'être à la hauteur de sa réputation. La réalisation est vraiment très moyenne, manquant singulièrement d'audace et de vision. Tavernier semble se reposer sur ses lauriers, livrant une mise en scène plate. La photographie est très moyenne elle aussi, manquant de ce contraste et de cette atmosphère qui font le sel du genre. Si le montage reste correct, il ne peut rien pour sauver un matériau de base aussi mou.