Sur le strict plan des moeurs, tout enseignant se doit d'être inattaquable... à défaut d'être irréprochable ! Une règle d'or qui relève encore plus de l'évidence au niveau de ce "Cours privé" où se situe l'action de ce film de Pierre Granier-Deferre. Fidèle à son genre de prédilection, celui-ci signe là une très captivante intrigue psychologique.
Ouverture sur une jour de rentrée : la caméra cerne une silhouette minijupée parmi un groupe de jeunes gens passant le portail de la cour. Aucune différence, de prime abord, entre Jeanne Kern et ces jeunes filles en fleur qu'elle côtoie ainsi fugacement et dont elle partage la fraîcheur inconsciemment - ou pas ? - provocante... Si ce n'est qu'elle est la nouvelle prof d'histoire !
Dans un cadre austère et figé en raison de la tradition pédagogique qui s(y perpétue, une énième course au Bac se met en place. Mais, très vite, la jeune prof trop sexy va être celle par qui le scandale arrive. Des lettres anonymes insinuent des "choses" sur sa vie privée. Puis une photo, tirée à de multiples exemplaires, va circuler parmi l'équipe d'enseignants et même dans certaines familles d'élèves. Au milieu de jeunes gens faisant l'amour en groupe, deux superbes corps féminins traduisent un duo érotique. la tête de l'une des partenaires a été découpée aux ciseaux mais, évidemment, tout porte à croire, tout veut laisser croire que la débauchée en question est Mlle Kern.
Celle-ci nie, mais se défend mal. Le climat interne va se dégrader au fil des entrevues entre l'intéressée et le directeur du cours aux comportements et propos nettement ambigus. Protocolaires, puis confraternels et enfin nettement intimes, leurs rapports vont, en fait, permettre d'éclairer la personnalité secrète de chacun.
Et surtout celle de Jeanne l'insaisissable. Le spectateur découvre par petites touches une jeune femme qui contrôle d'autant plus mal sa sexualité qu'elle en est arrivée à mépriser son propre magnétisme érotique ! Il faut sans doute être une jolie femme pour mesurer toute l'ambigüité culpabilisante, la complexité déstabilisante, d'un tel état de fait... Avant, comme maintenant...
De plus en plus distante vis-à-vis de ses parents, agressive dans l'échange de séduction avec les hommes, à la fois complice et fuyante avec ses élèves filles, elle est en définitive une solitaire. "Femme de personne", pourrait-on dire, puisqu'aussi bien on sent la marque de Christopher Frank (collaboration au scenario) dans ce troublant et déroutant personnage féminin pourtant imaginé par l'écrivain Jean-Marc Roberts.
Pierre Granier-Deferre, filmant en plans serrés, entretient jusqu'au bout la perplexité, le doute, l'attirance.
Attirance de spectateur qui tient avant tout aux mémorables compositions d'Elizabeth Bourgine et de Michel Aumont. La première offre sa nudité affirmée et la désinvolture de son jeu, aussi nuancés l'une que l'autre. Le second, maîtrisant à la perfection son art de comédien, entre le doucereux et le vénéneux, trouve là un de ses rôles cas d'école !
Rien que pour eux deux, on a envie de "redoubler" la séance !