Ce qui impressionne et séduit, au premier chef, dans le cinéma d'Alice Winocour (Proxima, Revoir Paris), c'est sa constante fluidité, pour rendre ses films immédiatement lisibles, tout en étant par ailleurs bien plus complexes qu'il n'y semble. Ainsi, dans Coutures, la réalisatrice mène de front trois histoires personnelles, en amont d'un événement : un défilé durant la Fashion Week. Ces femmes ne font que se frôler, mais paraissent se compléter, au cœur de leur existence intime, de leurs interrogations et de leur mal-être. La réussite d'un défilé de mode ne tient qu'à un fil et la vie, également, entre exaltation et détresse. Il y a des moments en apesanteur dans Coutures et d'autres beaucoup plus terre-à-terre, d'un réalisme palpable. C'est d'abord le film d'Alice Winocour, mais aussi, sans doute, celui d'Angelina Jolie, coproductrice et actrice prodigieuse qui épouse à merveille les fragilités de son rôle. Ella Rumpf, elle, confirme qu'elle est bien la comédienne qui monte et Anyier Anei, mannequin star des podiums, fait des débuts remarquables, dans un rôle qui reprend des éléments de sa propre biographie. Si l'univers de la mode fait office de fil conducteur, c'est dans le portrait croisé de ces trois femmes que le film tire sa substantifique moelle, au sein de trajectoires sur le point de prendre une nouvelle orientation. Et c'est toute la beauté de Coutures que de rendre sensibles et charnels ces intervalles privés et profonds.