Cronenberg est certainement un des réalisateurs pour qui j'ai le plus d'affection. Je trouve que Crash est un film qui ne lui ressemble pas, qui ne reflète pas son cinéma. Je ne pense pas que ce film déplaise à tout le monde, mais il reste tout de même en-dessous de ce que j’ai l’habitude de voir chez le réalisateur canadien.
Si la mutilation est un des thèmes les plus récurrents chez Cronenberg, l'utilisation fétichiste qu'en fait Crash est, en plus d’être propre à ce film, plutôt étrange. Et en soi, l'idée n'est pas mauvaise, mais tout étant hyper-sexualisé, et les scènes de sexe étant en surabondance, cet aspect de la mutilation n'apporte pas grand-chose au film. Finalement, malgré quelques bonnes scènes (je pense notamment à la première scène en voiture entre James Spader et Holly Hunter), la tension sexuelle dans Crash est vaine, voire inutilement vulgaire.
La mutilation est non seulement physique (cicatrices, sang…), mais surtout mécanique. C’est la destruction et le sentiment de danger, d’imminence du risque, qui excitent les adeptes de cette pratique mécanophile et masochiste. La cigarette est d’ailleurs intelligemment utilisée comme symbole des prémices du besoin de destruction et de mutilation (le personnage de James Spader refuse temporairement de fumer ; l’acceptation de cet acte est un premier pas vers l’automutilation). Mais les signes d'évolution des personnages se font rares.
Les personnages sont unidirectionnels : une fois corrompus, ils ne vont jamais à l’encontre de leurs désirs. Malheureusement, cela ne permet aucune évolution méliorative des personnages. On tombe alors dans une spirale de dépravation dont l’intérêt m’échappe… Je sais bien qu'on ne peut pas toujours bien cerner les personnages chez Cronenberg, notamment après avoir vu le délirant Le Festin Nu, mais ici je ne ressens aucune compassion, aucune affection pour les personnages.
Cela est en partie dû à leurs interprétations. Je trouve les acteurs franchement mauvais, tous autant qu’ils sont, bien que la palme revienne à Deborah Kara Unger, dont le parlé-chuchoté m’insupporte. Elle n’a qu’un seul faciès, qui donne l’impression que sonder son esprit ne révélerait que des pensées sexuelles.
Cronenberg n’adopte jamais un style facile d’accès, mais ses univers extravagants parviennent à être captivants en nous retournant la tête (Vidéodrome, Le Festin Nu, ou plus tard eXistenZ). Crash est également un film assez obscur, mais les plaisirs insoupçonnés que procurent les accidents de voiture m’auront plutôt laissé de marbre, d’autant plus que le film se résume simplement à ces désirs abstrus, en cherchant la subversion plutôt que le véritable bouleversement.