« La machine est une extension de mort. » Et c'est peu dire. C'est suite à la lecture de cette phrase, tirée de l'œuvre de Jean Baudrillard, que je me suis résolu à visionner ce film. Et ce film, c'est le traumatisme "Freudien" de la découverte. C'est tout ce qu'on ne veut pas voir d'un monde qui se prétend « adulte ». Pendant l'heure et demie sur laquelle il s'étend, la cartographie du corps qui est reconfigurée ; les membres blessés et leurs extensions prothétiques deviennent des zones érogènes, au gré d'une caméra fétichisant la cicatrice ; un de ces concepts qu'on apparierait bien à la jouissance d'un corps sans organes Deleuzien.
Les collisions répétées des voitures sont d'ailleurs le véritable contenu signifiant de l'interactivité relationnelle de ces humains en perdition, quand le corps n'est réduit qu'à un immonde tas de chair aveuglé par la promesse d'une jouissance ; seulement, elle n'arrive jamais. Les personnages baignent dans un nihilisme aussi grotesque que pitoyable, franchissent incessamment la ligne symbolique de la nécrophilie, ne suscitent aucune empathie sauf celle du dégoût, et ternissent l'écran d'une odeur abjecte en se jetant dans un ravin de dépravation sans fond. Et le pire, c'est qu'ils en redemandent.
C'est laid, c'est abstrait, c'est un désastre de débauche sans autre issue que l'habitacle de la voiture dans laquelle ces pauvres détraqués se sont enfermés, répétant en boucle les chocs et potentialités de mort. « The reshaping of human body by human technonolgy », mon cul oui, et les voilà qu'ils enrobent d'art performatif leur vide existentiel. Car au bord de ces bolides métalliques se confondent toutes les pulsions destructrices possibles, aussi bien que la dimension consumériste projetée sur le corps ; il se confond avec l'objet, se fond avec la machine, se morcelle et porte en lui sa marque, l'antithèse de toute vie...L'objectification est alors totale. Une conspiration à son apogée lorsqu'un des personnage, affairé sur une banquette arrière, s'y fond et y disparaîtrait presque de par la couleur de son manteau.
En rejouant ces tragédies routières, les personnages ne s'enfoncent pas seulement dans leurs plaies et dans leur mort certaine, mais aussi dans une atroce déshumanisation.
Tout se déchire et s'amalgame dans un complexe erotico-gore froid et malsain, et trouve son absolution dans la mort. Voir ces éclopés nécroïdes sado-masochistes ne jamais lâcher l'affaire est d'une douleur perforante. C'est le Crash du désir, un Crash psychologique comme de sens, une abolition de la sensualité, c'est aussi le Crash intime du spectateur, violé dans sa quête de sens et de tranquillité perdue à jamais sur le tumulte de routes perverties. Et si à y réfléchir, le film revêt une dimension philosophique indéniable, et réussit donc ses passes anxiogènes, une notation trop haute ne saurait capturer l'ampleur de mon malaise. Jamais un film n'aura autant créé d'angoisse, de malaise et de douleur physique en moi. 3/10