Crasse est un des nombreux films de ce début d'année qui revient sur une relation mère-enfant, ici fille, mais par le biais original et rare du maternel syndrome de Diogène, qui, forcément, déteint sur le métabolisme de la fille devenue adolescente et qui revient plusieurs années après qu'elle ait été placée entre les mains d'une autre mère, plus conformiste.
La réminiscence de ces souvenirs est déclenchée par l'arrivée d'un homme trentenaire, qui se qualifie d'enfant du crack et qui a lui aussi été placé jeune chez cette même femme, qui n'a pas eu d'enfants biologiques.
Détail qui n'en est pas un, cet homme est éboueur, tandis que cette fille vit dans une poubelle. Mais au lieu de la vider et de l'aider à se reconstruire, cet homme, bientôt père de famille, la broie et un nouveau syndrome s'ajoute à Diogène, celui de Stockholm, symbolisé par une curieuse et cruelle scène de tauromachie.
Débordant de détails pas triés, le film porte en lui le syndrome qu'il décrit : le tambour (celui du petit garçon qui refuse de grandir dans un monde en guerre, de Günter Grass adapté par Schlöndorff), les cendres qu'on mange (comme la terre du Cent ans de solitude de Garcia Marquez, mangée par Rebeca, la nièce aux origines incertaines et aux pouvoirs surnaturels) en sont les exemples qui illustrent le mieux cette idée de mal-être social et de mauvaise santé mentale, sujets centraux du film.
Dans la même veine que le Bird d'Andrea Arnold sorti un peu plus tôt, Crasse décrit la marginalité, sociale et mentale, mais sans recourir au fantastique, et fait le choix visuel fort de toujours mêler la saleté à une forme de confort (on ne se rend même plus compte qu'on pue). La saleté, c'est aussi la saleté humaine, celle qui régit les esprits cassés de ce monde crade.
Le monde est sale, et après How to have sex, une nouvelle cinéaste anglaise nous le prouve avec brio.