La grande force de ce film dans la flotte, c'est son architecture. D'un simple sous-sol de maison, Alexandre Aja en fait un huis clos irrespirable, constamment sous la menace et dont la caméra s'amuse à balayer le moindre recoin et profondeur, sous tous les angles, pour créer un climat de danger permanent. C'est bien par la force de sa mise en scène que Crawl régale. Davantage encore que la relation père-fille ou entraîneur à élève dépeinte ici occasionnant quelques séquences un tantinet mièvres.


Pas de doute que Tarantino y ait vu aussi le film de l'année : Crawl est un combat fait de souffrances et de blessures ad nauseam. L'eau se teint de rouge et de morceaux de chair. Les hurlements de douleur résonnent à outrance, le toujours excellent second couteau Barry Pepper en prend autant dans la tronche ici que dans toute sa carrière. Les crocodiles en CGI se fondent délicieusement dans les décors et le courant, tout juste éclairé à la lumière du dehors et des lampes de bricolage. Le film, partant d'un postulat de départ simple comme bonjour, réussit le pari de tenir le spectateur en haleine pendant les 84 minutes de rigueur qu'impose un tel format : le survival fait ici une pierre deux coups puisque Haley se bat contre le cyclone, les inondations et les crocos. Sans oublier son combat, qui est le sien, celui d'être une grande nageuse et de se rapprocher de son père.


Crawl se révèle être un exercice de style intéressant, constamment sur le fil de la noyade et toujours rattrapé par une idée de cinéma, un décor utilisé à bon escient transformant un parterre submergé en un parcours d'obstacle réel, dangereux et glissant. Se servir d'un échec du passé (rater la 1ère marche du podium) pour survivre et se dépasser (l'apnée salvatrice). L'inconnue du dessous, de ce qu'on ne voit pas, est ici bien retranscrit même si l'humeur des crocos varie d'un plan à un autre mais qu'importe. Le plaisir, court et intense, ne laisse de place à personne, à aucun second rôle, tout est une question de survie. Pas du grand cinéma mémorable mais la démonstration du savoir-faire d'un véritable architecte du huis clos sous-marin.

XavierChan
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le 26 oct. 2020

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