Derrière son titre français si générique, Créature des ténèbres (ou Créatures des ténèbres sur son DVD de 2003, ce qui n’a pas de sens puisqu’il n’y en a qu’une), se cache The Unnamable II: The Statement of Randolph Carter.
Le film semble être la suite directe du premier, sorti en 1988, à l’image de son introduction qui révèle le massacre qu’on suppose final du précédent volet, en dehors des quelques survivants. De l’univers qu’a pu créer le premier et des relations entre certains personnages il n’y aura guère de rappels, il faudra monter en marche. L’avantage d’un tel bain de sang entre le premier et le second, c’est qu’il est possible de partir sur quelques nouvelles bases et proposer de nouveaux personnages pour compléter le futur body kill.
Des deux survivants, Randolph Carter est la figure centrale, étudiant en archéologie et en sciences occultes : il n’a pas le profil du teenager héroïque de ces années, mais il est malin et déterminé. C’est le premier de la classe typique, tout en retenue par Mark Kinsey Stephenson, mais son dada c’est donc l’ésotérisme. A ses côtés, Howard (Charles Klausmeyer) n’est catégorisé que par rapport à lui, au moins dans cette suite, comme ami ou assistant malchanceux qui devrait apprendre à dire non.
Après avoir découvert une entité maléfique dans le premier volet, Randolph et Howard doivent affronter la conséquence de leurs actes, aidés du professeur Warren (John Rhys-Davies, dans un petit creux de sa carrière entre Indiana Jones, la série Sliders et Les Seigneurs des Anneaux) et partent rechercher cette créature tricentenaire, aidés du Necromicon. Comprenant qu’elle se cache au sein de l’esprit d’une fille d’un vieux notable possédée depuis plusieurs siècles, ils arrivent à dissocier la créature de celle-ci. Mais l’entité parasite veut retrouver son hôte.
Certains noms auront peut-être titillé l’attention, mais il s’agit d’adaptations d’oeuvres de H.P. Lovecraft, bien que loin d’être littérales. Les films de Jean-Paul Ouellette en reprennent des éléments, mais la fidélité est loin d’être garantie. Loin de l’ambiance poisseuse du XIXe siècle, ces films s’inscrivent dans un contexte moderne, au point de relier physique quantique, molécules et même insuline aux mythes de Lovecraft.
Il y est bien sur question de créatures ancestrales, qui seraient cachées des humains, mais le film ne propose rien de plus qu’une vague course poursuite entre la créature et les personnages clés. L’indécible attendu d’une telle adaptation est bien lointain, tant le film est tellement fier du maquillage de sa créature qu’il ne peut s’empêcher de la montrer à tout bout de champ. Et c’est vrai qu’il est réussi, ce costume d’harpie décharnée, porté par Julia Strain, l’une des reines les plus musclées de la série B.
Mais il s’agit avant tout d’un film pas bien loin d’un slasher, avec cette croquemitaine toujours aux basques de quelques étudiants, en dehors de l’ésotérisme de sa nature. Il faudra donc accepter quelques facilités d’écriture, de décisions surprenantes (pauvre chaise). Ce n’est pas forcément déplaisant, car même si le film montre souvent ses limites, à l’image de quelques décors trop artificiels, d’un jeu d’acteurs assez classique et d’un certain étirement de scènes d’un scénario parfois bébête, il reste malgré tout assez déterminé à proposer un bon film en se dépatouillant comme il peut.
Sa principale qualité est d’ailleurs la construction de la relation entre Randolph Carter et Alyda, l’hôte humain de la créature. Sauvageonne naïve, elle qui était alors plus un sujet d’étude deviendra une femme à sauver, et peut-même plus, même si elle mettra bien du temps avant de laisser tomber ses barrières. Maria Ford, qui deviendra une autre des reines de la série B, n’est peut-être pas la plus grande des actrices (ses feulements, au secours) mais il se dégage de son innocente interprétation une certaine qualité. Et aussi une sensualité sans péché qui ne la rend que plus troublante.
Si l’esprit de Lovecraft ne semble pas hanter le film, malgré les intentions affichées, celui-ci reste néanmoins un honnête divertissement, autour de la figure d’Alyda, à protéger de l’influence pernicieuse de cette créature. Une série B presque de plus mais pas de trop, grâce à une certaine implication de l’équipe impliquée.